C’est dans le cadre de l’«ESA», devenue institution d’utilité publique, qu’ont débuté hier les travaux initiés par le «PNUD» et la Banque mondiale sur la gestion des services publics, et son amélioration, en dehors même de l’attente des réformes de fonds. Ce colloque de six jours a été inauguré en présence de M. Béchara Merhej, ministre de la Réforme administrative. Cet important séminaire est essentiellement présenté par trois experts internationaux de la Banque mondiale, MM. Denis Ives, Mike Fogden et Nick Manning. La nécessité d’une réforme en profondeur du secteur public ne fait aujourd’hui plus l’ombre d’un doute à travers le monde. Pour la région, cela pourrait devenir une condition sine qua non de l’aide des instances internationales au développement. Ceci explique sans doute la participation, très large à ces sessions, de hauts fonctionnaires venus de nombreux pays de la région. Programme particulièrement chargé pour ces quelque trente hauts fonctionnaires, dépêchés par la Banque centrale du Liban, différents ministères touchés prioritairement par les réformes au Liban (tel le ministère de la Santé, ou celui des Finances), mais aussi envoyés par les gouvernements syrien, d’Arabie Séoudite, du Maroc, d’Irak, de Tunisie et de Jordanie. Il ne s’agit pas ici d’évoquer les réformes importantes, parfois nécessaires, mais toujours très lentes à mettre en place à travers les administrations. L’objectif de ce séminaire tient dans l’élaboration de méthodes et l’échange d’informations à propos de l’optimisation des structures en place. Le cadre du débat a été tracé à l’aide d’un schéma représentant l’équilibre et les liens entre les trois pôles intéressés: le gouvernement, la société civile et le secteur privé. Dans son allocution, M. Merhej a insisté sur le phénomène des privatisations «qui certes peuvent résoudre un certain nombre de problèmes dans le fonctionnement et l’efficience du secteur public, mais à la condition que l’Etat soit un Etat de droit fort. En effet, dans la négative, le risque de dérive du secteur public vers des situations de monopole est important. Le secteur privé peut effectivement apporter les éléments nécessaires dans le contexte de la compétition mondiale, mais l’Etat doit donner un cadre au marché, aussi libéral soit-il». Ce cadre doit être juridique, mais aussi financier. Pour M. Manning, «le monde entier, dans son évolution exponentielle, induit une pression de plus en plus forte sur les individus, les citoyens qui eux-mêmes exercent une pression équivalente sur les gouvernants, les politiques et donc sur le service public. Cette demande de plus en plus aiguisée provoque une évolution de l’administration. Toutefois, ces changements ne sont pas simples; lorsqu’il s’agit de la régulation des marchés, les Etats concernés par des réformes doivent se référer aux expériences d’autres pays et à la sensibilité des administrés». D’où la théorie de l’équilibre entre les forces en présence et leur interaction ( gouvernement, société civile et secteur privé). Combattre la corruption et l’absentéisme Pour le respect de ce cercle vertueux, surtout applicable dans les pays dits démocratiques, «il est impératif de combattre la corruption et l’absentéisme», souligne M. Denis Ives qui ajoute: «Pour être éradiquée, la corruption doit se combattre au départ, au plus haut niveau. Ainsi, si un ministre refuse tout «pot-de-vin», il sera exigeant autour de lui et ses fonctionnaires le seront à leur tour jusqu’au plus bas échelon de la hiérarchie. Concernant l’absentéisme, une réorganisation des services sur des bases scientifiques a permis, par exemple, à l’administration australienne de supprimer sur dix ans plus de 35% de ses effectifs». Ensuite, le citoyen payant des taxes doit s’attendre à un service rendu correctement par des fonctionnaires au service des citoyens. Mais l’amélioration doit être, selon les experts, spécifique. Il n’y a pas de solution miracle, mais des mesures à prendre en fonction du contexte de chaque pays. Par contre, l’adaptation de certains modèles, présentés largement lors de ce séminaire, permettrait à des pays moins avancés de gagner du temps. Il ne faut pas attendre des changements radicaux; toute avancée dans ce domaine prend du temps en raison du respect des équilibres précités et souvent aussi des impératifs politiques. Plus proche des préoccupations régionales, la mise en évidence par M. Manning de l’établissement de changements nécessaires après de gros bouleversements entraînant, comme au Liban, des évolutions radicales, est particulièrement délicate; d’autant plus que cette situation est souvent liée à un manque de moyens financiers et humains. Dans ce cas de figure, les experts préconisent avant tout une meilleure gestion des budgets alloués au gouvernement, ensuite un recours au secteur privé, et dans certains cas (santé, scolarisation) une collaboration entre les deux secteurs, afin de ne pas laisser le secteur privé seul acteur efficace dans les domaines sociaux, ce qui provoquerait des injustices intolérables pour l’ensemble des citoyens. Cette gestion, toutefois, implique des choix et les réformes doivent être centrées dans un premier temps sur les ministères ou règne la plus grande gabégie. Autre point mis en évidence, la responsabilité des réformes revient, essentiellement, à travers le monde entier (à l’exception des USA et des Philippines), au Conseil des ministres dont l’action et les pouvoirs sont de plus en plus dominants par rapport aux autres organes étatiques. C’est donc à lui que revient la responsabilité de la gestion des budgets publics et des choix. Ainsi, la qualité de la politique du cabinet induira la qualité du service public et donc les possibilités de réforme de celui ci. Le maître mot de la réforme, pour les experts de la Banque mondiale: «l’Etat doit faire moins, différemment et mieux». Le principe est éloquent, l’application est-elle aussi simple? Ainsi, comme l’a souligné l’un des participants, «au Liban, il est reconnu que onze ministères suffiraient à la gestion du pays alors que l’on en compte aujourd’hui une trentaine. Est-il possible, à la lumière des facteurs sociaux, de réduire le nombre de ces portefeuilles?». Tous ces aspects seront traités en détail à travers l’expérience de plusieurs pays durant la semaine de session.
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