Le gouvernement grec est un peu dans la position de l’arroseur arrosé: il tente d’endiguer une vague de xénophobie anti-albanaise alors que le ministre de l’Ordre public a désigné les étrangers comme les principaux responsables de la hausse récente de la criminalité. Le signal d’alarme pour les autorités a été lancé par la décision du maire de Paléo Kéramidi, un petit village du nord de la Grèce, de décréter un couvre-feu pour tous les étrangers dans sa commune. L’élu a précisé que des groupes d’autodéfense avaient été constitués pour faire respecter cette mesure dans ce village qui compte une vingtaine d’Albanais pour 800 habitants. Au passage, il a ordonné que les demandeurs d’emploi étrangers soient regroupés dans le stade local avant l’examen de leur requête. Le porte-parole du gouvernement, Dimitris Reppas, a été extrêmement ferme: «Nous n’allons pas permettre que la société grecque retourne au Moyen-Age», a-t-il lancé. De son côté, le ministre de la Justice, Evangélos Yannopoulos, a ordonné une enquête et a conseillé au maire «de retourner à l’école pour réviser ses opinions sur le racisme». Le ministre de l’Ordre public, Georges Romaios, avait désigné, dans un entretien à l’agence grecque ANA, les «Albanais en particulier» comme «le principal facteur de la hausse de la criminalité» en Grèce. Selon lui, cette hausse provient «de l’indulgence des autorités envers les clandestins» depuis le lancement au début de l’année d’une procédure de légalisation des 500.000 immigrés (dont 300.000 Albanais) vivant en Grèce. Il avait annoncé un renforcement des contrôles à l’égard des étrangers tout en lançant une mise en garde contre toute dérive raciste. Selon les dernières statistiques de 1997, la part des étrangers dans les crimes et délits s’est élevée à 4,5% alors qu’ils représentent environ 5% de la population. L’affaire de Paléo Kéramidi n’est pas isolée. Ainsi à Kastoria, près de la frontière gréco-albanaise, quelque 4.000 personnes ont manifesté pour réclamer la fermeture des frontières après qu’un policier eut été tué par des trafiquants de drogue albanais. Le jour de la fête nationale, les autorités locales avaient annulé plusieurs cérémonies et mis les drapeaux en berne. A Symi, dans le Dodécanèse, des habitants ont récemment occupé, selon la presse, le commissariat de police pour réclamer des mesures contre les Albanais de l’île. A Karpathos, au sud-est, des habitants ont manifesté pour obtenir le départ des immigrés devenus selon eux «dangereux parce que trop nombreux». A Salonique, la deuxième ville du pays, l’évêque orthodoxe de la cité, Mgr Pantéleimon, a demandé dans son homélie que «tous les étrangers soient jetés dehors et que les frontières soient fermées». Ces multiples dérapages provoquent l’indignation de la presse de gauche. Sous le titre «Verboten» («interdit» en allemand), «Eleftherothypia» dénonce «l’apartheid» organisé par le maire de Paléo Kéramidi. «Exoussia» de son côté stigmatise le «lepénisme» de l’élu en référence au dirigeant d’extrême-droite français, Jean-Marie Le Pen. Cette résurgence de la xénophobie en Grèce a toutefois été largement entretenue ces dernières semaines par la quasi-totalité des médias grecs. Des quotidiens populaires n’ont pas hésité, jour après jour, à titrer sur «la Grèce livrée aux Albanais» poussant leurs lecteurs à s’équiper au plus vite en alarmes et portes blindées. Le meurtre par deux Albanais d’un couple de Britanniques dans l’île de Céphalonie (ouest) il y a une quinzaine de jours avait renforcé la psychose. Jugeant que les bornes étaient dépassées, l’ambassade d’Albanie a dénoncé dans un communiqué «la campagne anti-albanaise déclenchée par les médias». Elle a souligné que «les Albanais sont de bons travailleurs honnêtes et sages, de bons amis des Grecs». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le gouvernement grec est un peu dans la position de l’arroseur arrosé: il tente d’endiguer une vague de xénophobie anti-albanaise alors que le ministre de l’Ordre public a désigné les étrangers comme les principaux responsables de la hausse récente de la criminalité. Le signal d’alarme pour les autorités a été lancé par la décision du maire de Paléo Kéramidi, un petit village du nord de la Grèce, de décréter un couvre-feu pour tous les étrangers dans sa commune. L’élu a précisé que des groupes d’autodéfense avaient été constitués pour faire respecter cette mesure dans ce village qui compte une vingtaine d’Albanais pour 800 habitants. Au passage, il a ordonné que les demandeurs d’emploi étrangers soient regroupés dans le stade local avant l’examen de leur requête. Le porte-parole du...