Les pêcheurs Tembe de Kosi Bay n’ont pas l’eau courante, ni le téléphone, pas d’électricité ni de route, mais vivent dans un paysage époustouflant de lacs transparents et de plages immaculées aux confins de l’Afrique du Sud et du Mozambique. Fortes de ce constat, les autorités sud-africaines se tournent vers l’éco-tourisme pour lutter contre le sous-développement et la pauvreté hérités de l’apartheid: Kosi Bay a été choisi pour un programme pilote de tourisme haut de gamme, orienté vers l’environnement et les traditions locales. «Nous avons un patrimoine qui peut être développé, nous devons tirer partie des richesses accumulées pendant des années», a souligné le ministre sud-africain du tourisme Pallo Jordan en présentant ce projet. Car pour l’instant, les touristes qui affluent du monde entier profitent essentiellement à la péninsule du Cap, célèbre pour sa Montagne de la Table, et au parc Kruger, la plus grande réserve animalière du pays. A Kosi Bay, nul ne bénéficie de l’essor du tourisme qui a déjà rapporté 5,5 milliards de rands (plus d’un milliard de dollars) au pays depuis 1993, selon les chiffres officiels. «Il n’y a pas de travail ici, les hommes partent pour les mines de Johannesburg» — à 800 kilomètres de là —, souligne Zama dans un anglais laborieux. Lui a réussi à rester en devenant gardien de la réserve naturelle de Kosi Bay. Les autres survivent grâce à la pêche, avec leurs pièges ancestraux qui tissent des arabesques de bois sur les eaux claires du lac. Cette pratique unique au monde, que les autorités de l’apartheid voulurent interdire au nom de la protection des poissons, «mérite de devenir une attraction touristique majeure», souligne Andrew Zaloumis, le chef du projet de développement. Sur le même thème, les habitants de la région veulent créer des «villages culturels» pour offrir aux touristes leurs chants, leurs danses, leur cuisine traditionnelle et leur artisanat — une démarche nouvelle, après des décennies de mépris et de laminage culturel. Respecter l’intégrité écologique «Cette reconnaissance est vitale pour que les communautés retrouvent leur dignité et apprennent à se prendre en main», souligne Peter John Massyn, consultant privé qui anime plusieurs projets similaires à travers le pays. Jusqu’à présent, Kosi Bay, comme toutes les réserves sud-africaines, fut gérée pour le seul bien-être des Blancs. Le gouvernement de l’époque ne s’intéressa aux pêcheurs Tembe que pour tenter de les chasser, avec un programme de déplacement forcé destiné à protéger l’environnement. Aujourd’hui, le moindre projet d’aménagement soulève les hauts cris des associations environnementalistes — majoritairement animées par des Blancs. Pour calmer les méfiances, les nouvelles autorités prônent «un respect de l’intégrité écologique» tout en soulignant la nécessité absolue du développement. Des années d’arbitraire et d’oubli, il reste en effet une réalité économique effrayante: dans la région, 90% des foyers vivent avec moins de 800 rands par mois (environ 160 dollars), le taux de chômage avoisine les 95%, l’administration est le premier employeur de la région, l’autre étant une compagnie forestière. Avec l’exode rural, la bourgade voisine de Manguzi, où s’arrête la piste praticable, a vu sa population quadrupler en quatre ans. «Nous avons ce rêve qu’un jour, une route ouvrira notre région et qu’enfin nous ne serons plus des esclaves», souligne Jabulani Zikhali, jeune entrepreneur local qui milite pour l’ouverture touristique du lac voisin de Sibaya. Au total, dans cette région dite du «Maputaland», l’Afrique du Sud veut désenclaver 350 kilomètres de plages et près de 300.000 hectares de réserves animalières, en association avec le Mozambique et le petit royaume du Swaziland. Les trois pays font en effet ensemble le même pari — l’un pour surmonter les héritages de l’apartheid, l’autre pour relever les décombres laissés par 17 ans de guerre civile, le troisième, enfin, pour éviter l’asphyxie économique induite par le développement de son puissant voisin. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les pêcheurs Tembe de Kosi Bay n’ont pas l’eau courante, ni le téléphone, pas d’électricité ni de route, mais vivent dans un paysage époustouflant de lacs transparents et de plages immaculées aux confins de l’Afrique du Sud et du Mozambique. Fortes de ce constat, les autorités sud-africaines se tournent vers l’éco-tourisme pour lutter contre le sous-développement et la pauvreté hérités de l’apartheid: Kosi Bay a été choisi pour un programme pilote de tourisme haut de gamme, orienté vers l’environnement et les traditions locales. «Nous avons un patrimoine qui peut être développé, nous devons tirer partie des richesses accumulées pendant des années», a souligné le ministre sud-africain du tourisme Pallo Jordan en présentant ce projet. Car pour l’instant, les touristes qui affluent du monde entier...