Le premier ministre turc, Mesut Yilmaz, a cherché samedi à réduire la tension avec les militaires, après avoir reçu la veille de l’état-major un communiqué en forme d’ultime avertissement, à propos de la lutte contre le fondamentalisme musulman. Dans une déclaration dans la nuit à une chaîne de télévision, M. Yilmaz a exclu de démissionner, mais il a concédé à l’armée le droit de s’exprimer comme elle l’a fait et de se considérer comme responsable de la lutte contre l’extrémisme religieux. L’état-major avait déclaré vendredi soir dans un communiqué, à l’issue d’une réunion des cinq plus hauts commandants des armées, que «personne ne peut, pour ses intérêts personnels et ses ambitions politiques, faire des déclarations visant à affaiblir la détermination des forces armées à lutter contre le séparatisme et le fondamentalisme, qui constituent un danger pour la sécurité du pays». Cette phrase visait directement M. Yilmaz. «la lutte contre le fondamentalisme et le séparatisme (...) est une mission donnée à l’armée par la constitution», ajoutait le communiqué. Ce texte répliquait à une déclaration faite mardi dernier par M. Yilmaz, dans laquelle il avait appelé l’armée à «s’occuper de ses affaires» et à laisser au gouvernement le soin de lutter contre le fondamentalisme, considéré depuis un an comme le danger numéro un pour le pays, avant même celui représenté par la rébellion armée du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, séparatiste). Le coup de colère de M. Yilmaz avait été déchiffré comme signifiant son irritation du rôle important joué par les militaires dans les coulisses de la politique turque. Le souvenir de 1971 D’autant plus que certaines mesures exigées par l’armée, comme l’interdiction du foulard islamique dans les universités et la fonction publique, le mettent en porte-à-faux vis-à-vis de son électorat conservateur. Le communiqué des généraux a été, lui, interprété comme un dernier avertissement avant une possible intervention. «Mémorandum du 20 mars», proclamait samedi la manchette du quotidien Sabah, dans une allusion au «coup d’Etat par mémorandum» de 1971, lors duquel les militaires, sans utiliser la force, avaient demandé et obtenu la démission du gouvernement, dans un mémorandum. Deux autres journaux, Cumhuriyet et Yeni Yuzyil , évoquaient eux aussi en «une» ce mémorandum. Outre celui de 1971, les militaires turcs ont fait deux autres putschs, en 1960 et 1980, toujours pour protéger l’Etat contre des menées subversives. Dans sa déclaration télévisée, M. Yilmaz a semblé avoir compris le message. Il a fait machine arrière par rapport à sa position précédente, concédant que «les commandants en chef ont utilisé un de leurs droits démocratiques en rendant public leur point de vue sur la lutte contre le fondamentalisme». «Les militaires se sont réunis pour déclarer leur malaise (face au fondamentalisme). Je ne contesterai pas cela (...) Ma tâche n’est pas de créer de nouvelles tensions», a-t-il ajouté, tout en précisant que «le gouvernement poursuivra sa tâche». Dans ce contexte, la prochaine réunion, le 27 mars, du Conseil national de Sécurité (MGK), organe dominé par les militaires, devrait être déterminante pour l’avenir de M. Yilmaz. C’est lors d’une réunion de ce conseil, en février 1997, que les généraux avaient lancé leur campagne contre ce qu’ils considéraient comme une montée de l’extrémisme religieux, en exigeant du gouvernement à dominante islamiste de Necmettin Erbakan un plan en 18 points pour y mettre un frein. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le premier ministre turc, Mesut Yilmaz, a cherché samedi à réduire la tension avec les militaires, après avoir reçu la veille de l’état-major un communiqué en forme d’ultime avertissement, à propos de la lutte contre le fondamentalisme musulman. Dans une déclaration dans la nuit à une chaîne de télévision, M. Yilmaz a exclu de démissionner, mais il a concédé à l’armée le droit de s’exprimer comme elle l’a fait et de se considérer comme responsable de la lutte contre l’extrémisme religieux. L’état-major avait déclaré vendredi soir dans un communiqué, à l’issue d’une réunion des cinq plus hauts commandants des armées, que «personne ne peut, pour ses intérêts personnels et ses ambitions politiques, faire des déclarations visant à affaiblir la détermination des forces armées à lutter...