Le duel s’annonce serré pour le second tour de la présidentielle arménienne, le 30 mars, entre un «héros» de la guerre du Nagorny-Karabakh, l’actuel premier ministre Robert Kotcharian, et un ancien chef du Parti communiste, Karen Demirtchian. La campagne, estiment les observateurs, est appelée à se radicaliser au lendemain de la dénonciation par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) de fraudes constatées lors du premier tour. M. Kotcharian, 43 ans, est arrivé en tête au premier tour avec 38,82% des voix, suivi par Karen Demirtchian, 65 ans, qui a obtenu 30,62%, après décompte de tous les suffrages, selon des résultats provisoires annoncés jeudi à Erevan par la commission électorale centrale. Pour être élu dès le premier tour, les candidats auraient dû franchir la barre des 50% de voix. Le chef nationaliste, Vazgen Manoukian, candidat malheureux lors de la dernière élection présidentielle en 1996, est arrivé en troisième position avec 12,22%, suivi de Sergueï Badalian, l’actuel chef de file des communistes avec 11,02%. Malgré la nette avance de Kotcharian, l’issue du vote paraît serré. «Actuellement, il est très difficile de prévoir quoi que ce soit. Les deux candidats sont pratiquement à égalité et le moindre changement peut faire varier de 5% le score d’un candidat», a estimé un sociologue à Erevan, Gevorg Pogossian. Selon M. Pogossian, la position qu’adoptera Vazgen Manoukian pour le second tour aura un rôle déterminant. Quant aux électeurs de l’actuel chef communiste Badalian, qui a traité Demirtchian de «Judas» pendant la campagne, ils pourraient se répartir à 50-50 entre les deux candidats, selon la même source. Personnalités contrastées «Les enjeux sont plus élevés au second tour. L’élection pourrait être très dure», a, pour sa part, estimé un expert politique, Bagrat Sadoyan. Les deux candidats ont des personnalités très contrastées. Robert Kotcharian a une réputation de bon gestionnaire et d’homme d’action. Il est considéré comme l’artisan de la victoire militaire des Arméniens du Nagorny-Karabakh, une enclave située en territoire azerbaïdjanais, contre Bakou. Son rival, qui dirigea pendant dix ans une usine d’électronique en difficulté, joue volontiers la carte de la nostalgie de l’époque communiste et se prononce pour une transition économique en douceur. Le second tour sera par ailleurs placé sous haute surveillance après les allégations d’irrégularités lors du premier tour par sept des douze candidats en lice, dont M. Demirtchian. L’OSCE, qui a constaté des violations dans environ 15% des circonscriptions, a appelé à des «mesures immédiates» contre la fraude électorale avant le second tour. Parmi les irrégularités relevées par l’OSCE figurent notamment la présence de policiers et de personnes non autorisés dans des bureaux de vote, la partialité des médias et des violences pendant la campagne. Des cas de bourrages d’urnes et d’intimidations des électeurs ont également été rapportés. Washington a relayé mercredi l’appel de l’OSCE à lutter contre la fraude. Ces accusations ont toutefois été balayées une nouvelle fois jeudi par le président de la commission électorale, chargée de valider les résultats, Khatchatour Bezirdjian. «Il n’y a pas lieu de discuter maintenant de cette déclaration (de l’OSCE) car elle ne contient ni preuves ni faits. Ils veulent qu’on se comporte selon leurs lois», a déclaré M. Bezirdjian. Robert Kotcharian, qui exerce également les fonctions de président par intérim depuis la démission en février de Levon Ter-Pétrossian, a lui aussi rejeté les accusations de fraude. Le précédent scrutin présidentiel en 1996 avait été marqué par des fraudes importantes suivies de manifestations de l’opposition. Des émeutes avaient eu lieu à Erevan et des chars avaient été déployés dans la capitale. (AFP)
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