Dix siècles après sa fondation au Caire, le centre religieux d’Al-Azhar, la plus prestigieuse institution de l’islam sunnite, s’emploie à réduire la part dévolue au Coran dans ses programmes scolaires, s’attirant les foudres des conservateurs qui l’accusent de se «laïciser». Al-Azhar forme cette année 1,2 million de garçons et filles (7,2% de plus que l’an dernier), soit 12% des lycéens égyptiens, dans ses 5.012 instituts. L’institution est en train de supprimer une année scolaire de son cursus en taillant dans les programmes religieux pour ramener la durée du cycle secondaire à trois ans, comme dans les lycées laïcs. En outre, depuis l’an dernier, les élèves du cycle primaire n’apprennent plus par cœur l’intégralité du Coran: ils n’en récitent plus que 18 des 30 sections (Juz’), gardant la suite pour le reste de leur scolarité. Cette réforme, décidée par la direction d’Al-Azhar avec l’appui des parents et le consentement implicite de l’Etat, divise les enseignants, les professeurs conservateurs y voyant une atteinte à l’institution. «Le courant laïc en Egypte est à l’origine de ce plan de «laïcisation» de l’enseignement azhari, qui a entraîné une réduction sensible des programmes religieux pourtant dignes d’explications approfondies», déplore le chef du comité des ulémas d’Al-Azhar (conservateur), cheikh Yehia Ismaïl. Pour le grand imam d’Al-Azhar, cheikh Mohammad Sayed Tantaoui, «il s’agit seulement d’une nouvelle présentation simplifiée des programmes, destinée à aider les étudiants à bien apprendre les matières religieuses». «S’agit-il d’une démolition ou plutôt d’un renforcement du rôle d’Al-Azhar?», insiste le grand imam qui a déclenché ce processus sitôt nommé à ce poste par l’Etat au printemps 1996. C’est une loi votée en 1961, à l’ère nassérienne, qui a imposé à l’institution d’enseigner les programmes du ministère de l’Education (langues, mathématiques, sciences…) aux côtés des matières religieuses. «Aujourd’hui, les chaînes télévisées et les moyens de divertissement se multiplient et nous devons modifier les programmes pour ne pas compliquer la tâche des élèves», explique le responsable des programmes scolaires d’Al-Azhar, cheikh Ali Fathallah. «Il n’est plus facile aujourd’hui pour un lycéen d’apprendre tout le Coran en cycle primaire (6 années), comme ce fut le cas» dans le passé, souligne-t-il. L’esprit de tolérance Un professeur de l’Université d’Al-Azhar, Mahmoud Hemaya, juge toutefois que l’allégement des programmes ne permet pas «d’assurer une forte base de formation religieuse aux lycéens azharis censés défendre l’islam». Déjà après la loi de 1961, «le tiers des programmes religieux avait été supprimé» et en 1991, «une nouvelle suppression de 20% est intervenue» à la demande de parents, relève-t-il. Cheikh Fathallah rétorque que les suppressions portent sur des parties «répétitives ou sans intérêt», par exemple «l’étude détaillée de sujets théologiques démodés comme l’affranchissement des esclaves» Les parents sont satisfaits. «Avant, mon fils n’arrivait pas à apprendre tous les versets du Coran et il était puni par le cheikh presque chaque jour», affirme Hoda Sayed, rencontrée à l’institut Al-Fath, au Caire, dépendant d’Al-Azhar. Cheikh Fathallah ajoute que les nouveaux programmes visent à «inculquer aux azharis l’esprit de tolérance et les éloigner de tout extrémisme». Il a ainsi été décidé d’avancer à onze ans au lieu de quatorze l’étude des quatre écoles juridiques de l’islam pour inculquer très jeune le respect de points de vue opposés. Un opposant à la réforme, l’écrivain islamiste modéré Fahmi Howeidi estime néanmoins que «les programmes religieux allégés ne peuvent former des prédicateurs suffisamment instruits pour stigmatiser la pensée extrémiste».
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