Des réactions contradictoires ont été enrégistrées, hier, à la conférence de presse du député Ismaïl Succariyé, qui a mis en garde contre la présence de plus de 1.000 marques de médicaments contrefaits ou à l’efficacité douteuse, en vente dans certaines pharmacies. M. Succariyé a été jusqu’à attribuer la cause de certains décès à l’absorption de médicaments périmés, et a estimé que la persistance de certaines infections chez les enfants est parfois due à des antibiotiques mal dosés. Précisant que les Libanais consomment annuellement pour 214 millions de dollars de médicaments, M. Succariyé a ajouté que sur près de 6.000 marques vendues en 1997, seules 2.087 sont véritablement utiles et reconnues par l’OMS. Parmi les médicaments vendus au Liban, M. Succariyé a recensé 82 médicaments interdits de vente et 20 autres non enregistrés dans les pays producteurs. Le député, qui est également médecin, a demandé la révision de la procédure de contrôle des médicaments, en fonction de critères modernes établis par l’OMS, ainsi qu’une politique de santé cohérente. Provisoirement, il a demandé la suspension pour trois mois de l’importation des médicaments, et le réenregistrement de produits garantis à des prix contrôlés. Il estime que les médicaments devraient être importés exclusivement par des firmes productrices possédant des laboratoirss de recherche, et que les contrefaçons devraient être interdites. Enfin, M. Succariyé a demandé l’entrée en fonction du Bureau des médicaments et la traduction en justice des responsables de l’écoulement sur le marché de produits périmés, placebos et autres marques contrefaites au dosage imprécis. Il existe au Liban 16 agents importateurs de médicaments, mais de nombreux produits entrent au Liban de manière informelle, sous forme d’aides accordées à des associations, d’importation «à la valise» et de contrebande. Par ailleurs, le Liban compte 80 dépôts de médicaments, 2.100 pharmacies, 164 hôpitaux privés, 27 hôpitaux gouvernementaux, 55 dispensaires gouvernementaux et 320 dispensaires privés. Younès confirme Interrogé au sujet des accusations lancées par le Dr Succariyé, le président de l’ Ordre des médecins Fayek Younès a confirmé le fait que «des médicaments contefaits et dangereux sont importés au Liban». Et de dénoncer l’importation «anarchique et sans contrôle» des médicaments «de n’importe où», avant d’affirmer être favorable à une importation restreinte aux pays développés et un contrôle beaucoup plus étroit de l’Etat. Il a regretté toutefois le fait que l’Etat «soit régi par les gros intérêts économiques», et laisse écouler sur le marché des médicaments qui représentent un grand risque de santé pour les Libanais. Au passage, le Dr Younès a noté que le Liban est l’un des pays où le citoyen paye le plus pour le médicament: 75 dollars par personne et par an, contre 65 dollars aux Etats-Unis et un demi dollar en Inde. Exagération Pour l’expert Pierre Malychev, qui est aussi pharmacien, le Dr Succariyé «exagère en généralisant» à l’ensemble du secteur des pharmacies, ce qui se pratique dans certaines officines. En qualité de pharmacien, M. Malychev assure que lui-même et ses pairs refusent systématiquement les médicaments qui ne sont pas accompagnés d’une facture en bonne et due forme de l’agent. M. Malychev a rendu hommage au travail de contrôle qui se fait au ministère de la Santé, malgré les ressources limitées qui existent, tout en admettant l’existence de médicaments entrés en contrebande, avec des voyageurs, ou par l’intermédiaire d’aides internationales qui finissent dans le commerce. Assurant que l’association civile de protection du consommateur dont il est l’un des responsables n’a reçu aucune plainte sur un médicament qui aurait provoqué un accident de santé, M. Malychev a souligné que le secteur de l’importation est en crise, et que certains produits manquent, et a mis en garde contre une grave pénurie. «Le marché du médicament est délicat, conclut-il, un rien peut provoquer une crise. Ce n’est pas le moment de semer la panique».
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