De sa visite en Afrique du Sud, où il exaltera la réconciliation raciale, à un discours sur l’île de Gorée (Sénégal), plaque tournante jusqu’au 19e siècle de la traite des Noirs vers les Amériques, le président Bill Clinton s’adressera tout autant au public américain qu’à l’Afrique durant sa prochaine tournée. Ce voyage, qui débutera lundi au Ghana pour s’achever le 2 avril au Sénégal après des étapes en Ouganda, Rwanda, Afrique du Sud et Bostwana, sera le plus vaste jamais effectué par un président américain sur un continent où quelque 30 millions de Noirs américains ont leurs racines en raison de l’esclavage. Depuis son arrivée au pouvoir, M. Clinton, un démocrate, s’est montré plus sensible que n’importe lequel de ses prédécesseurs à la question raciale qui continue de hanter l’Amérique. «Clinton a fait preuve d’une grande sensibilité pour l’expérience des Noirs aux Etats-Unis et leurs origines», déclare Roberta Cohen, experte à la Brookings Institution. La minorité noire, qui vote traditionnellement démocrate, se sent énormément d’affinités pour ce président de 51 ans dont l’intérêt pour les problèmes raciaux trouve son origine dans son enfance, passée dans un Etat du vieux sud, l’Arkansas, où régnait alors un apartheid de fait. Après avoir repoussé en 1995 une tentative de l’opposition républicaine de revenir sur les programmes de discrimination positive, il a lancé en juin dernier un «dialogue racial» dans le but de contribuer à rapprocher les Américains. Ce dialogue est passé pratiquement inaperçu dans le pays, surtout depuis que l’Amérique est prise dans la tourmente des scandales sexuels présumés de M. Clinton. Une image positive Sa tournée en Afrique sera pour lui l’occasion d’attirer l’attention de l’opinion publique américaine sur un continent dont elle ignore tout. «Les Américains en savent moins sur l’Afrique que sur n’importe quelle autre partie du monde», affirme Cherri Waters, vice-présidente d’Interaction, une coalition de plus de 150 ONG. «Ce qu’ils savent est profondément négatif», qu’il s’agisse de la famine en Somalie de 1992 ou du génocide rwandais de 1994. La Maison-Blanche veut donner aux Américains une image positive de l’Afrique, celle de la «renaissance africaine». D’où l’omission dans un premier temps du Rwanda, où le rôle des Etats-Unis — comme celui de toute la communauté internationale — n’a pas été des plus glorieux en 1994. Une escale de quelques heures à Kigali a été ajoutée au dernier moment. «Il ne peut pas se concentrer uniquement sur des choses positives», explique Mme Cohen. C’est pourtant là ce que tout président souhaite faire, M. Clinton plus que quiconque. L’Afrique du Sud lui fournira pour cela l’occasion idéale, ce pays ayant une signification spéciale pour toute une génération d’ Américains qui ont vu dans la lutte contre l’apartheid une sorte de «remake» de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. Il y a aura bien sûr l’esclavage, que M. Clinton pourrait évoquer dès lundi à Accra, puisque le siège du gouvernement ghanéen, le château d’Osu, fut autrefois utilisé pour la traite des Noirs. M. Clinton terminera sa tournée le 2 avril par une visite de l’île de Gorée, au large de Dakar, où son épouse Hillary s’était rendue il y a un an. Selon certaines estimations, plus de deux millions d’esclaves seraient partis vers les Amériques de cette île, où il prononcera son dernier discours sur le sol africain. Mais il ne présentera pas les excuses de l’Amérique pour l’esclavage, a indiqué son porte-parole, Michael McCurry. Il consacrera surtout son discours à l’avenir des relations entre l’Afrique et les Etats-Unis, en espérant que les Américains l’écouteront. (AFP)
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