Yasser Arafat incarne la lutte palestinienne pour l’indépendance et la voie du compromis avec Israël, après 40 ans d’une extraordinaire carrière politique. Courageux, tenace et intègre, mais aussi colérique, romantique et un peu mythomane, le président Arafat a conduit la révolution palestinienne à accoucher d’une petite entité autonome fragmentée où il exerce, sous l’étroit contrôle d’Israël, un pouvoir largement autocratique. Sa maladie nerveuse, qui se traduit désormais par un tremblement permanent de sa lèvre inférieure, jette une ombre sur son ambition inlassablement répétée, et toujours déçue, de prier à Jérusalem avant sa mort. Pourtant, Abou Ammar, de son nom de guerre, maintient haut l’espoir national d’un État indépendant avec Jérusalem pour capitale. À 69 ans, le petit homme chauve, toujours coiffé de son keffieh épousant la forme de la Palestine, reste celui qui a surmonté de formidables obstacles pour préserver l’identité palestinienne et offrir à son peuple la reconnaissance de la communauté internationale, puis d’Israël. Mais ses atouts dans la résistance armée — goût du secret et du mythe, refus de déléguer et de faire confiance, priorité donnée à la rhétorique sur la gestion — sont vite devenus des obstacles lorsqu’il s’est agi de gouverner et de fonder une administration, et a fortiori un État. Né le 4 août 1929 au Caire, fils de commerçant, Mohammad Abdel Raouf Arafat al-Qudwa al-Husseini est un musulman pieux qui a dû affronter le puissant ennemi israélien, mais aussi la plupart des régimes arabes, pour s’imposer. Dès la fin des années 50, jeune ingénieur, il fonde au Koweït le mouvement palestinien de libération nationale (Fateh). En 1969, à la faveur de la défaite arabe de 1967 et de la conquête des territoires par Israël, il prend la tête de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et prône une lutte sans merci, les armes à la main, contre l’entité sioniste. Le temps de l’errance Il connaît alors un quart de siècle de clandestinité, d’exil et d’errance avant de fouler de nouveau le sol de sa patrie, en 1994, avec l’aval des mêmes Israéliens qui le traquaient de maison en maison lors du siège de Beyrouth douze ans plus tôt. Il a échappé aux accidents, aux complots et aux attentats. Il a traversé nombre de déserts. Il s’est sorti de pièges redoutables, où il lui est d’ailleurs arrivé de se fourvoyer lui-même. On donne peu de son avenir lorsque ses troupes se font évincer de la Jordanie par l’armée hachémite, lors des combats de Septembre noir en 1970. On le dit fini lorsqu’il se fait bouter hors du Liban en 1982 par l’armée israélienne puis en 1983 par les Palestiniens pro-syriens. On le juge hors du coup lorsqu’en 1987, il observe de son exil de Tunis la révolte des enfants palestiniens de Cisjordanie et Gaza, qui lancent l’Intifada, la “guerre des pierres” contre l’occupant israélien. On le dit mort politiquement lorsqu’en 1990, il soutient l’Irak de Saddam Hussein contre la coalition internationale emmenée par les États-Unis. À chaque fois, Yasser Arafat réussit à retourner la situation, servi par une légendaire baraka mais, au bout du compte, au prix de multiples concessions. En 1988, il range son revolver et tend le rameau d’olivier. En 1993, il abat sa carte maîtresse et reconnaît l’État d’Israël, en échange d’une autonomie qu’il avait lui-même jugée «moins qu’un bantoustan» quand les Israéliens et les Égyptiens l’avaient concoctée, quinze ans plus tôt à Camp David. Celui qu’une bonne part de la communauté internationale vilipendait comme un terroriste reçoit alors le prix Nobel de la Paix et est accueilli comme un homme d’État dans les grandes capitales, qui le soutiennent à coups de centaines de milliers de dollars. Légitimé par le suffrage universel direct en 1996 dans les territoires palestiniens, il continue à lutter pied à pied pour étendre les zones «libérées» et desserrer l’emprise israélienne. Mais l’administration qu’il a mise en place n’échappe pas aux accusations de corruption, de népotisme et de violations des droits de l’homme, et sa juridiction ne s’étend que sur moins de la moitié des territoires. Ses opposants lui reprochent d’avoir bradé la cause palestinienne et d’avoir passé des compromis léonins. Lui ne doute pas qu’il a raison, même si l’Histoire s’est, pour l’instant, abstenue de sanctionner la voie qu’il a choisie vers l’indépendance.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Yasser Arafat incarne la lutte palestinienne pour l’indépendance et la voie du compromis avec Israël, après 40 ans d’une extraordinaire carrière politique. Courageux, tenace et intègre, mais aussi colérique, romantique et un peu mythomane, le président Arafat a conduit la révolution palestinienne à accoucher d’une petite entité autonome fragmentée où il exerce, sous l’étroit contrôle d’Israël, un pouvoir largement autocratique. Sa maladie nerveuse, qui se traduit désormais par un tremblement permanent de sa lèvre inférieure, jette une ombre sur son ambition inlassablement répétée, et toujours déçue, de prier à Jérusalem avant sa mort. Pourtant, Abou Ammar, de son nom de guerre, maintient haut l’espoir national d’un État indépendant avec Jérusalem pour capitale. À 69 ans, le petit homme chauve,...