La tournée africaine du président Bill Clinton, longue de onze jours dans six pays d’Afrique, marque le nouvel intérêt américain pour l’avenir du marché africain. M. Clinton se rend du 23 mars au 2 avril dans les pays suivants: Ghana, Ouganda, Rwanda, Afrique du Sud, Botswana et Sénégal. Plusieurs représentants du monde des affaires l’accompagneront, a indiqué un porte-parole de la Maison-Blanche, mais la liste n’est pas encore arrêtée. «Il devrait recevoir un bon accueil en Afrique», assurait un responsable de la région africaine à la Banque mondiale, soulignant que pour les Africains, c’était l’occasion de montrer «une autre Afrique aux Américains, une Afrique qui peut marcher». M. Clinton vient, avec dans ses bagages, un projet de loi, en passe d’être voté au Sénat, intitulé «loi pour la croissance et l’opportunité en Afrique». Il s’agit de dynamiser et renforcer le commerce entre les Etats-Unis et l’Afrique, y favoriser les investissements américains et pousser les pays à adopter des règles libérales d’ouverture de marché. Les échanges avec l’Afrique sont pour l’instant encore maigres: 16,4 milliards de dollars d’importations venant d’Afrique et seulement 6 milliards d’exportations américaines. Ces échanges sont en forte croissance (+23% en 96, +11% en 97). Avec l’Afrique du Sud seule, les ventes américaines équivalent à celles avec la Russie. Les relations économiques américaines avec ce pays sont déjà bien balisées avec la tenue deux fois par an d’une commission qui réunit les vice-présidents Al Gore et Thabo Mbeki. Avec une croissance moyenne jamais atteinte depuis une génération sur l’essentiel du continent noir (au-dessus de 4%), «l’Afrique est en train de devenir un terrain fertile pour les affaires», soulignait récemment le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn. Conjonction intenable «Les Etats-Unis ne devraient pas négliger une région aussi énorme que l’Afrique avec 10% de la population du monde et une richesse naturelle encore inexploitée», soulignait l’institut américain du Conseil des relations extérieures, dans un rapport préparant la loi pour la croissance et l’opportunité en Afrique. La part de marché américaine dans les échanges en Afrique n’est que de 6,7%, derrière le Japon (7,2%) et surtout l’UE (30%). Au niveau des investissements étrangers, la France et la Grande-Bretagne sont ceux qui, des pays de l’OCDE, ont injecté 60% des investissements en Afrique au cours des années 90, selon Paul Collier, professeur à l’université d’Oxford. Les pays africains interprètent le voyage de M. Clinton «comme un signal fort» pour le continent qui veut s’insérer dans l’économie mondiale, selon le patronat sénégalais. En Ouganda, bon élève du FMI et de la Banque mondiale, qui a récemment obtenu un allégement de sa dette, plusieurs présidents africains devraient se réunir pour y rencontrer M. Clinton, a annoncé Kampala. Au rang des opportunités d’affaires pour les Américains, l’Afrique du Sud offre «un excellent potentiel», affirment les services économiques du département d’Etat qui déclinent les secteurs où investir: assurance santé, aéroports, télécommunications, machines-outils textile. Les Africains ont besoin d’investissements, de joint-ventures, ayant encore peu accès aux financements sur les marchés internationaux, notent les experts du développement. «La conjonction d’un fort taux de croissance et d’un faible taux d’investissement n’est pas tenable», avertit M. Collier. Dans le même temps, ils ont conscience que la nouvelle loi visant à établir une zone de libre-échange est un défi à relever. «C’est une opportunité formidable pour avoir accès au marché américain mais il faut que nos entreprises soient compétitives», a résumé le patronat sénégalais. (AFP)
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