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Actualités - Opinion

Regard Mireille Honein : Bronzés Seconde nature

Ce qui surprend et émeut à la fois, dans les bronzes à la cire perdue (des photos commentées détaillent le procédé) de Mireille Honein (née en 1948), c’est qu’ils représentent, en majorité, le résultat de sa toute première approche, en autodidacte quasi absolue, de la sculpture, plus précisément du modelage de la terre glaise en 1988, à l’âge de 40 ans, alors que, docteur en sciences de l’information, elle était bien loin de soupçonner qu’elle aboutirait là à partir du poste qu’elle occupait à Paris, depuis 1978, au sein de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique. Il y a comme cela des tournants dans la carrière de certains artistes prédestinés qui les confrontent, sans préambule, à leur véritable vocation. On sait que, parmi les sculpteurs libanais, Sami Rifaï, politicien malchanceux mais brillant avocat pénaliste, connut une semblable conversion à l’âge critique de 40 ans également, âge de partage des eaux destinales apparemment. Le peintre Olga Limanski a bien commencé sa carrière à 65 ans, mais c’était moins l’urgence d’un appel intérieur qu’un moyen, pour une femme hyperactive, de meubler son temps libre de retraitée. Tout abandonner pour se livrer corps et cœur à la passion de s’exprimer sans parole par le truchement des mains pétrissant une masse informe d’argile plastique, une pâte docile aux sollicitations des doigts et de l’idée, et le faire d’une façon quasi instinctive, comme mue par une irrésistible poussée intérieure, tel est le singulier défi que Mireille Honein a relevé sans tergiverser. Peut-être parce que trop de tensions, de conflits, de déchirements nationaux, mais aussi personnels sans doute, réclamaient d’elle une résolution autre que verbale, une sorte de sublimation par matérialisation. Vidange émotive Bien que les motivations psychologiques d’une forme artistique ne comptent pas beaucoup dans sa valeur esthétique, on ne peut passer sous silence, puisque Mireille Honein en fait état elle-même, et que cela peut expliquer l’abondante récolte de sa première saison artistique, le fait que ses couples d’amants réconciliés sont l’inversion idéalisée des couples antithétiques, des frères et sœurs ennemis du drame libanais vu à distance impuissante par une femme aspirant à surmonter les clivages et fossés politiques et communautaires dans la vie de son pays et dans la sienne propre. La sensualité du corps retrouvé, l’érotisme innocent comme exorcismes de l’horreur des corps fragmentés, morcelés, déchiquetés, y compris le corps même du pays natal, et d’abord la sensualité et l’érotisme de la terre manipulés, façonnés, formés en entité intégrale et intégrante. L’exposition à la galerie l’Entretemps, Mansourieh, n’est donc que la première phase (1988-1989) du travail de Mireille Honein qui, après cette vidange émotive, s’est tournée, sans quitter la sculpture, vers d’autres moyens d’expression et d’autres thèmes, démontrant une tendance affirmée au renouvellement perpétuel de sa démarche, tantôt d’une manière heureuse, tantôt d’une manière contestable, non sans tomber dans la plupart des travers et poncifs de l’art plastique actuel, mais toujours avec le souci de se référer plus ou moins directement, plus ou moins explicitement à ses sources géographiques, historiques, culturelles et sentimentales. Le catalogue de l’exposition donne une bonne idée de ces «passages» où elle recourt à la ferraille, au béton, au ciment, au papier mâché, aux grillages, aux bouteilles en plastique, aux tessons, aux pigments, refusant de s’enfermer dans un style déterminé. Tonus interne Bien que les figurines de bronze, à part certaines pièces de grandes dimensions, soient un peu vieux jeu, dans la tradition des bibelots, et trahissent des maladresses naturelles pour une débutante, ces reproches sont minimes devant leurs nombreuses qualités: force dynamique des lignes, des volumes tournants, enveloppants ou creusés en conques: articulations explicites des formes positives fortement structurées sous tous les angles; précision des rapports entre les corps créant des formes négatives élaborées, des vides signifiants, figuratifs ou expressifs; mouvement général des masses même en position statique, avec le sentiment d’un tonus interne, tel celui qui soutient et anime le corps vivant; continuité appelant la caresse, la vision aveugle des doigts, des formes organiques et des surfaces lisses, luisantes, accrochant la lumière en souplesse et sensibilité, dans les flexibles couples soudés, affrontés, imbriqués ou entrelacés dans une stylisation simplificatrice des linéaments gommant tout trait ou détail superflu de manière à conforter la tension, la puissance et la vitalité des jeunes corps d’amants ou de femmes gravides, cambrés par les spasmes du plaisir ou emportés par le tournoiement de la danse; diversité et richesse des patines... De telles qualités sont généralement associées à des œuvres de maturité. Le remarquable, ici, est qu’elles le soient à des œuvres de noviciat. Image du Père Particulièrement frappante est, différente de tout le reste, la seule figuration animalière, le taureau ou le buffle couché (1989), jambes repliées, cornes énormes retournées en arrière, toute agressivité oubliée: placide montagne d’énergie potentielle en pacifique rumination, image d’une force contenue qui n’a pas besoin de se dépenser pour être efficace. Unique image zodiacale du père face à tant de figures de l’amant. Plus que les joutes amoureuses, c’est cette massive persévérance dans l’être qui nous touche le plus, peut-être parce que, loin des animaux d’arène ibériques ou crétois, loin des molochs orientaux et des gardiens du seuil assyriens, tous plus ou moins entachés de violence et de sang, elle évoque, au-delà de l’enracinement paysan, l’endiguement extrême-oriental des passions, le contrôle conscient des forces d’antagonisme et d’animosité, la pacification, devenue nature, des instincts maîtrisés. (Galerie l’Entretemps).
Ce qui surprend et émeut à la fois, dans les bronzes à la cire perdue (des photos commentées détaillent le procédé) de Mireille Honein (née en 1948), c’est qu’ils représentent, en majorité, le résultat de sa toute première approche, en autodidacte quasi absolue, de la sculpture, plus précisément du modelage de la terre glaise en 1988, à l’âge de 40 ans, alors que, docteur en sciences de l’information, elle était bien loin de soupçonner qu’elle aboutirait là à partir du poste qu’elle occupait à Paris, depuis 1978, au sein de l’Agence de Coopération Culturelle et Technique. Il y a comme cela des tournants dans la carrière de certains artistes prédestinés qui les confrontent, sans préambule, à leur véritable vocation. On sait que, parmi les sculpteurs libanais, Sami Rifaï, politicien malchanceux...