L’ancien président chilien Augusto Pinochet est considéré comme le responsable politique des crimes attribués aux agents du régime qu’il a dirigé pendant presque 17 ans, notamment la disparition de 1 101 opposants selon les chiffres officiels. Les corps de dizaines de disparus ont été découverts dans des tombes clandestines à partir de 1990, date de la restauration de la démocratie, mais la majorité d’entre eux n’a toujours pas été retrouvée. Les militaires jugés pour ces disparitions, parmi lesquels le général Manuel Contreras, chef de la police secrète, ont échappé aux peines prononcées contre eux par les tribunaux grâce à une loi d’amnistie édictée par Pinochet en avril 1978. Le régime, qui a renversé le président socialiste Salvador Allende, mort lors du bombardement du palais présidentiel de La Moneda, le 11 septembre 1973, jour du coup d’État de Pinochet, a été l’auteur de nombreux autres crimes politiques: — Des centaines de personnes ont été fusillées de manière sommaire dans les jours qui ont suivi le coup d’État. — En octobre 1973, plus de 70 syndicalistes et dirigeants de gauche ont été fusillés dans plusieurs villes du pays par une «caravane de la mort» conduite par le général Sergio Arellano. — Le prédécesseur de Pinochet à la tête de l’armée, le général Carlos Prats, a été tué avec sa femme, le 30 septembre 1974, par une bombe placée dans sa voiture à Buenos Aires où il s’était exilé. Un des assassins, Enrique Arancibia Clavel, ancien agent de la Dina, la police politique, est en prison en Argentine depuis le 22 janvier 1996. — Le responsable démocrate-chrétien en exil, Bernardo Leighton, ancien vice-président du Chili, a été grièvement blessé, ainsi que sa femme, par les tirs d’un inconnu dans les rues de Rome. — Le cadavre du diplomate espagnol Carmelo Soria, qui avait été fait prisonnier par un commando de la Dina a été découvert au pied d’une colline de Santiago, le 16 juillet 1976. — L’ancien ministre des Affaires étrangères socialiste, Orlando Letelier, chef de l’opposition en exil, a été tué, le 21 septembre 1976, par une bombe placée sous sa voiture dans le centre de Washington. Le général Contreras, chef de la Dina, et le général de brigade Pedro Espinoza, commanditaires du crime, purgent une peine de prison à Santiago depuis 1995, tandis que les exécutants ont été incarcérés aux États-Unis. — Les cadavres de 14 paysans, enterrés dans une mine abandonnée à l’ouest de Santiago, ont été découverts le 30 novembre 1978, suite à une dénonciation de l’Église catholique. Un procès a été ouvert contre un groupe de policiers, mais ceux-ci se sont réfugiés derrière la loi d’amnistie édictée six mois plus tôt. — Le dirigeant démocrate-chrétien des transporteurs, Mario Fernandez Lopez, est mort le 18 octobre 1984, victime de tortures dans un quartier du CNI (qui a succédé à la Dina). Le principal accusé, le chef de l’armée Carlos Herrera Jimenez, a été condamné à 10 ans de prison. — Le chef syndical social-démocrate, Tucapel Jimenez, a été trouvé égorgé dans les environs de Santiago, le 25 février 1985, après avoir été enlevé par les agents de la CNI. — Le sociologue Jose Manuel Parada, le professeur Manuel Guerrero et le dessinateur publicitaire Santiago Nattino, membres du parti communiste interdit, ont été découverts égorgés le 30 mars 1985. — Le photographe Rodrigo Rojas est mort brûlé et l’étudiante Carmen Gloria Quintana a été gravement brûlée, victimes tous deux d’une patrouille militaire, le 2 juillet 1986. — Le journaliste Jose Carrasco, éditeur international de l’hebdomadaire de gauche Analisis, a été tué le 6 septembre 1986, au lendemain de la tentative d’attentat contre Pinochet qui a coûté la vie à cinq membres de son escorte. — Douze membres du Front patriotique Manuel Rodriguez ont été exécutés par des agents de la CNI les 15 et 16 juillet 1987, à la suite de troubles à Santiago. Le 2 janvier dernier, la cour suprême a ordonné la réouverture du procès des responsables.
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