La prochaine élection présidentielle est-elle si importante alors que le pays continuera vraisemblablement à pâtir d’une souveraineté manquée et d’une liberté de décision tronquée? Quelle que soit la confiance populaire dont jouira le successeur du président Elias Hraoui, pourra-t-il seulement former le gouvernement intègre et compétent qu’il souhaiterait? Telles sont les questions que se posent les milieux politiques pessimistes, étonnés par la fièvre que suscite l’échéance présidentielle.Dans l’état actuel des choses, le nouveau président de la République sera en réalité confronté à l’alternative suivante: céder aux pressions qui lui imposeront d’accepter la nomination de ministres dépourvus des qualités reprises — il perdrait alors, avec le temps, la confiance dont il bénéficiait au départ — ou démissionner en signe de protestation contre une situation déplorable à laquelle il lui est impossible de remédier. D’ailleurs, relèvent ces mêmes sources, le premier ministre Rafic Hariri ne jouissait-il pas, lors de sa nomination, d’un capital de confiance populaire considérable et ce, malgré le boycottage massif des législatives qui avait précédé son accession au pouvoir? A cette époque, les opposants les plus acharnés avaient observé un mutisme de bon aloi afin de ne pas braquer contre eux une opinion publique bien disposée à l’égard de M. Hariri. Les Libanais fondaient sur le chef du gouvernement de grands espoirs pour le rétablissement de la souveraineté et de l’indépendance, le retour à la prospérité économique d’avant-guerre, et une épuration administrative radicale. Mais tous ces rêves ont fini par se briser lorsque le président du Conseil a échoué dans son entreprise de réforme administrative. En effet, les protecteurs des fonctionnaires s’étaient révélés bien plus puissants que lui. Il fallait dès lors démissionner ou céder aux pressions, et c’est le second choix qu’a fait M. Hariri. Du reste, son désir — maintes fois exprimé — de procéder à un remaniement ministériel s’est toujours heurté à une volonté bien plus puissante que la sienne. Il l’a d’ailleurs lui-même avoué, après avoir longtemps pâti de cette situation inextricable. Le président de la République qui sera élu au mois de novembre prochain sera donc confronté au même choix difficile: démissionner ou rester au pouvoir dans une position guère enviable. Dès lors, quelle différence y aura-t-il entre l’élection d’un nouveau chef de l’Etat et la prorogation du mandat de M. Hraoui? Qui plus est, les prérogatives de la première magistrature de l’Etat ayant été sérieusement érodées par l’accord de Taëf, le président de la République est dans une situation encore plus délicate que celle du premier ministre. Un exemple significatif à cet égard: le président Hraoui a publiquement accusé certains ministres et députés de s’abstenir du règlement de leurs factures de téléphone et d’électricité ou pis encore, de vol. Résultat: beaucoup de paroles pour rien... Les modèles à suivre Toutefois, les milieux politiques susmentionnés n’estiment pas la partie complètement perdue dans la mesure où deux dirigeants ont déjà prouvé que la situation pouvait être améliorée malgré tout. Ils citent dans ce cadre les présidents Fouad Chéhab et Elias Sarkis. Le premier avait effectivement réussi à éradiquer la corruption au sein de l’administration publique en créant des organismes de contrôle à l’immunité garantie. A la même époque, le général Chéhab avait rencontré une seule fois le président égyptien Abdel Nasser pour convenir d’une politique commune mettant le Liban à l’abri de toutes les influences régionales et internationales néfastes. Quant au président Sarkis, il a su, au plus fort de la guerre et en dépit de toutes les pressions subies, résister à tout ce qui lui semblait être contraire aux intérêts de son pays. Il avait ainsi «décidé de ne pas décider» et ce, en attendant des circonstances plus favorables à une politique librement menée. En réalité, et paradoxalement, ce dernier exemple est la preuve qu’un chef d’Etat, aussi bien intentionné soit-il, demeure malgré tout tributaire des considérations régionales et internationales. Les milieux pessimistes finissent tout de même par reconnaître qu’un président intègre et honnête est toujours en mesure d’améliorer quelque peu l’image de marque du pays en attendant des jours meilleurs...
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