Voilà plus de cinq ans que Gulu Nittaliev vit dans le «camp turc» près de Barda (ouest de l’Azerbaïdjan), cinq ans qu’avec sa femme, son petit-fils et sa fille il rêve chaque jour du retour «à la maison», à Agdam, dans le territoire occupé près du Nagorny Karabakh. Comme lui, 8.000 personnes «survivent» depuis des années dans des maisonnettes de fortune recouvertes de terre argileuse, non chauffées, sans toilettes ni douches. Alignées sur la terre boueuse, certaines abritent jusqu’à cinq familles. Dans une pièce ayant pour seul mobilier une table recouverte d’une toile cirée, aux murs fragiles décorés de quelques pages découpées dans des journaux, les réfugiés dorment pour la majorité à même le sol, gelé l’hiver ou les jours de pluies. «Nous avons froid l’hiver parce que la maison est mouillée dès qu’il pleut. On n’a pas de bois pour se chauffer, pas d’eau courante», raconte Gulu sans aucune amertume dans la voix. Sans argent, ils vivent de l’aide humanitaire qu’ils reçoivent régulièrement de la Turquie, pays qui a donné le nom au camp. Beaucoup de ces réfugiés travaillent pour une bouchée de pain dans des kolkhozes (fermes collectives) voisins ou ont reçu un petit bout de terre agricole sur lequel ils cultivent du coton comme Gulu qui a fait sa première récolte cette année. Dans le pays, ils sont près de 800.000, dont le drame est devenu le centre de tous les discours politiques, en particulier en cette période électorale. Après six ans de guerre au Nagorny-Karabakh (peuplé en grande majorité d’Arméniens) et depuis le début du cessez-le-feu signé d’un commun accord entre Bakou et Erevan en 1994, le sort de ces réfugiés n’a pas changé. Les négociations stagnent et le gouvernement n’a pas les moyens de les reloger dignement. Pas question de voter pour un inconnu Malgré tout, ils vouent une reconnaissance éternelle au président Heydar Aliev qui leur a apporté la paix. Ainsi, le visage marqué par les ans, Gulu ne pense à rien d’autre qu’à la visite de son cher président dans le camp en fête. «Papi Heydar, je le connais depuis 68, je lui ai serré deux fois la main et aujourd’hui je veux que mon petit-fils (né dans le camp) puisse avoir la chance d’en faire autant», explique le vieil homme, dans ses habits usés. «Nous l’aimons tant, sans lui nous aurions certainement fini dans la Koura»(rivière du Karabakh) soit morts de faim, soit tués par les Arméniens, poursuit-il. «C’est le plus beau jour de ma vie», avoue sa fille qui a choisi ses plus beaux vêtements pour voir Heydar Aliev. «Nous l’attendons depuis ce matin et si c’est nécessaire nous l’attendrons jusqu’à demain sur la route». Dans ces «villes de tentes» (la région de Barda, à moins de 20 km des territoires occupés, en compte trois), Aliev concentre tous les espoirs et il n’est pas question pour les réfugiés de voter dimanche pour «un inconnu». Que le chef de l’État soit traité d’«autocrate antidémocratique» par ses détracteurs ne les intéresse pas. «M. Aliev nous a promis de nous faire revenir chez nous et il le fera, c’est une question de temps... il a essayé avec le groupe de Minsk (qui supervise les pourparlers)... il va réussir», dit Gulu. «Les autres candidats, on ne les croit pas, il n’y a que lui que nous croyons». Les yeux émerveillés, ils ont sacrifié pour leur président dix moutons qu’ils mangeront le soir, autour d’un feu, pour clore cette «journée exceptionnelle».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Voilà plus de cinq ans que Gulu Nittaliev vit dans le «camp turc» près de Barda (ouest de l’Azerbaïdjan), cinq ans qu’avec sa femme, son petit-fils et sa fille il rêve chaque jour du retour «à la maison», à Agdam, dans le territoire occupé près du Nagorny Karabakh. Comme lui, 8.000 personnes «survivent» depuis des années dans des maisonnettes de fortune recouvertes de terre argileuse, non chauffées, sans toilettes ni douches. Alignées sur la terre boueuse, certaines abritent jusqu’à cinq familles. Dans une pièce ayant pour seul mobilier une table recouverte d’une toile cirée, aux murs fragiles décorés de quelques pages découpées dans des journaux, les réfugiés dorment pour la majorité à même le sol, gelé l’hiver ou les jours de pluies. «Nous avons froid l’hiver parce que la maison est...