Des frappes aériennes contre des objectifs serbes pour forcer Belgrade à cesser la répression au Kosovo conduiraient inévitablement l’Otan à envoyer des troupes sur place, ont averti plusieurs experts des questions militaires à Londres vendredi. Une présence au sol est jugée indispensable pour pouvoir prétendre imposer durablement la paix dans la province où le conflit a fait plus d’un millier de morts et déplacé 300.000 personnes, estiment-ils. «Dès que vous lâchez la première bombe, vous vous engagez dans un processus qui vous conduit inévitablement à une présence militaire au Kosovo», affirme Jonathan Eyal, du Royal united services institute, un institut de recherche indépendant. «De simples frappes aériennes ne servent à rien si elles ne sont pas appuyées par un processus politique fort (pour obtenir un règlement du conflit) et une présence militaire sur le terrain», a-t-il ajouté. «Des troupes sur le terrain sont partie prenante de toute stratégie de règlement politique: on voit mal comment on peut parvenir à une solution politique sans troupes sur place», a également souligné Domitilla Sagramoso, du Centre sur les questions de la Défense. Le gouvernement américain a néanmoins pratiquement exclu de déployer des soldats américains au Kosovo, quelle que soit l’issue du bras de fer avec le président yougoslave Slobodan Milosevic, avait affirmé jeudi un haut responsable du département d’Etat. La Grande-Bretagne et la France, qui a fait savoir qu’elle était prête à envoyer des troupes, ne déploieront pas leurs soldats sur le terrain, si les Etats-Unis ne font pas de même, a averti Jonathan Eyal. Pour les experts, les grandes puissances occidentales doivent aussi compter avec le peu de crédibilité des éventuels engagements que pourrait prendre Slobodan Milosevic et avec le fait que l’objectif qu’ils rechercheraient à travers une intervention militaire n’est pas le même que celui des Albanais. «Les alliés veulent envoyer des bombes pour éviter un désastre humanitaire et permettre aux réfugiés de retourner chez eux. Mais les Albanais se battent contre les Serbes pour leur indépendance», a souligné le colonel Terence Taylor, de l’Institut international d’études stratégiques (IISS). Dans ce contexte, les chances d’un règlement «durable» de la question sont minces, a souligné de son côté Paul Beaver, de la revue spécialisée dans la Défense, Jane’s. Les experts soulignent aussi qu’une intervention militaire de l’Otan ne sera pas une «promenade de santé» pour l’Alliance atlantique en dépit de son évidente supériorité militaire. «Il y a une chance que les Serbes comprennent le message comme cela avait été le cas pour la Bosnie il y a trois ans» lorsque l’Otan avait lancé une série de bombardements sur des objectifs serbes, afin d’amener Slobodan Milosevic à la table des négociations à Dayton fin 1995, a souligné Domitilla Sagramoso. Mais il y a «aussi un risque important que les choses tournent mal», a-t-elle noté. Avec, parmi les menaces potentielles, des représailles contre l’Otan qui maintient encore une force internationale de 30.000 soldats en Bosnie, la SFOR, appartenant à une trentaine de nations différentes, ou la remise en cause par Belgrade des accords de paix en Bosnie.
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