Le «mariage du passant», en vertu duquel le mari n’effectue, et de façon tout à fait légale, que des visites épisodiques chez son épouse, fait de plus en plus d’adeptes en Egypte. «Il s’agit d’un mariage légal et dûment enregistré auprès de l’administration, mais sa particularité est que l’homme et la femme décident d’un commun accord de ne pas vivre ensemble», explique un avocat spécialiste de droit islamique, Me Sélim Awa. «Alors qu’en règle générale, la femme va vivre chez son époux, qui doit subvenir aux besoins financiers de la famille, dans ce type de mariage c’est l’inverse. L’époux, exempté de ses obligations financières, se rend chez sa femme pour des visites épisodiques, généralement dans la journée, d’où l’appellation par les médias de ‘mariage du passant’», ajoute-t-il. «Ce n’est pas un mariage proscrit par l’islam, et cette pratique s’est répandue ces dernières années dans certains pays arabes du Golfe, notamment en Arabie Séoudite», précise Me Awa. À l’origine de cette pratique, il y a un réel problème social. «La tradition, qui impose souvent le mariage au sein du clan familial, limite les chances des femmes de trouver un mari et beaucoup se retrouvent vieilles filles», constate-t-il. «Le ‘mariage du passant’ est une solution qui permet aux femmes d’éviter des liaisons illicites», note encore l’avocat. L’avis favorable à ce type de mariage a notamment été émis par un célèbre prédicateur égyptien résidant à Qatar, cheikh Youssef Qaradawi. «C’est un mariage licite, même s’il n’est pas admis par la société. Je ne l’encourage pas, mais je ne peux pas le prohiber», a notamment écrit dans un article sur Internet cheikh Qaradawi, dont les avis religieux sont considérés comme une référence. Faire des concessions M. Salah Mountasser, un éditorialiste du quotidien égyptien «al-Ahram», a lancé il y a un mois le débat en évoquant le cas d’une femme égyptienne qui cherche «un mari passager». Quelques semaines plus tard, l’éditorialiste a annoncé à sa grande surprise: «La majorité des commentaires reçus par courrier ou par téléphone étaient, contrairement aux attentes, favorables au «mariage du passant». «Je croyais que ceux qui s’opposaient à ce type de mariage et qui s’en tenaient au vrai concept du mariage seraient nombreux. Il n’en est rien, les partisans de ce type d’union sont au contraire majoritaires dans le courrier que j’ai reçu», souligne le journaliste. Les femmes qui ont choisi ce mode de vie y trouvent des aspects positifs «dans certaines conditions et circonstances», relève-t-il. Ainsi, Nahed, une interprète de 45 ans, a accepté il y a cinq ans de devenir la deuxième épouse d’un homme qui vient lui rendre visite trois ou quatre fois par semaine «car, dit-elle, il doit rester avec sa première femme et ses enfants». «Il y a bien des aspects positifs dans cette situation, car mon travail nécessite beaucoup de déplacements. Comme mon mari ne réside pas avec moi, je n’ai pas vraiment d’engagements qui m’empêchent de voyager», souligne Nahed. «Bien sûr, j’aurais préféré un mariage ordinaire mais dans certaines circonstances, nous n’avons pas le choix. J’ai perdu beaucoup de temps à bâtir ma carrière professionnelle qui était pour moi prioritaire», poursuit-elle. «À un certain âge, j’ai découvert que je devais faire des concessions, d’autant que dans notre société orientale le mariage constitue une sorte de protection nécessaire pour la femme», assure encore Nahed. «Il suffit de constater que le concierge, l’épicier et les voisins se montrent aujourd’hui plus déférents à mon égard que lorsque j’étais célibataire», conclut-elle.
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