Les nouvelles relations entre l’Otan et la Russie, lancées en mai 1997, sont menacées par la décision imminente de l’Alliance de lancer une opération militaire en Yougoslavie, dénoncée avec virulence par Moscou. C’est la première fois depuis la signature d’un Acte fondateur entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide qu’une tension aussi extrême plane sur leur coopération. Après la conclusion de cet accord, les relations bilatérales avaient été marquées par plusieurs mouvements d’humeur de la Russie, sans que celle-ci ne remette en question sa coopération naissante avec l’Otan. Ces mouvements d’humeur sont restés très ponctuels. Ils étaient liés à l’arrestation en Bosnie de criminels de guerre présumés d’origine serbe et à la saisie, par la force, d’émetteurs de télévision, toujours dans la partie serbe du pays, à la fin de l’année 1997. La crise au Kosovo est d’une toute autre envergure. La menace d’une intervention armée de l’Otan contre des objectifs militaires en Yougoslavie, un pays soutenu politiquement et militairement par la Russie, a été vivement dénoncée au cours des derniers jours par Moscou. Le Premier ministre russe Evgueni Primakov, artisan de la rédaction de l’Acte fondateur avec le secrétaire général de l’Alliance Javier Solana, a averti que des frappes de l’Otan en Serbie pourraient entraîner Moscou à revoir ses relations avec l’Alliance atlantique. En excluant un retour à la Guerre froide, évoqué par son collègue de la Défense Igor Sergueïev, le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov a prédit de son côté un «chaos international». «Ce qui peut arriver, c’est le torpillage de tout le système de l’Onu sur lequel se base la stabilité internationale depuis plus de 50 ans. Les conséquences seront alors très sérieuses pour tout le monde (...). On pourra entrer dans une période de chaos international», a dit M. Ivanov. Chaos international Au siège de l’Otan, les diplomates minimisent les menaces russes. Ils font remarquer que les objectifs poursuivis par l’Alliance comme par la Russie au Kosovo sont les mêmes, à savoir l’application par Belgrade des exigences de la communauté internationale. Il n’y a «pas de désaccord stratégique», a reconnu lui-même M. Ivanov. «Les Russes n’ont pas le choix», affirme un diplomate de l’Otan, expert des relations avec la Russie. «En public, les Russes ont des propos très durs, mais en privé, ils sont beaucoup plus atténués», ajoute-t-il, en rappelant que la Russie vit une grave crise financière la faisant dépendre beaucoup de l’aide économique occidentale. Au plus, la Russie suspendra sa participation au Conseil conjoint créé en 1997 et retardera encore l’ouverture d’une mission militaire alliée à Moscou, déjà repoussée à de nombreuses reprises, estiment d’autres diplomates. Officiellement, l’Alliance affirme faire son maximum pour prendre ses décisions dans «la transparence». Elle a multiplié au cours des dernières semaines les réunions du Conseil conjoint, qui donne un droit à la parole aux Russes dans les activités de l’Otan sans aucun droit de veto, et prévoit de poursuivre cette «relation de confiance» dans les jours à venir.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les nouvelles relations entre l’Otan et la Russie, lancées en mai 1997, sont menacées par la décision imminente de l’Alliance de lancer une opération militaire en Yougoslavie, dénoncée avec virulence par Moscou. C’est la première fois depuis la signature d’un Acte fondateur entre les deux anciens ennemis de la Guerre froide qu’une tension aussi extrême plane sur leur coopération. Après la conclusion de cet accord, les relations bilatérales avaient été marquées par plusieurs mouvements d’humeur de la Russie, sans que celle-ci ne remette en question sa coopération naissante avec l’Otan. Ces mouvements d’humeur sont restés très ponctuels. Ils étaient liés à l’arrestation en Bosnie de criminels de guerre présumés d’origine serbe et à la saisie, par la force, d’émetteurs de télévision, toujours...