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Actualités - Chronologie

Baignoires, fauteuils et 4x4 cherchent propriétaires en Sierra Léone

Seize mois après le début des pillages qui ont dévasté la capitale sierra-léonaise pendant neuf mois, baignoires, véhicules tout terrain et climatiseurs attendent toujours leurs propriétaires à Freetown. Le 25 mai 1997, de jeunes officiers renversaient le président civil Ahmad Tejan Kabbah et marquaient leur accession au pouvoir en mettant le feu au Trésor public et en dévalisant de nombreux ministères. Quelques jours plus tard, les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF), dépenaillés mais fortement armés, se ralliaient à la junte et, après des années passées à se terrer dans la brousse, poursuivaient le pillage de Freetown. Depuis qu’elle a rétabli le président Kabbah dans ses fonctions le 10 mars dernier, l’ECOMOG, la force ouest-africaine dominée par le Nigeria, s’efforce de retrouver les biens volés pour les rendre à leurs propriétaires. Dans le parking du bâtiment Youyi — du nom de l’ambassadeur nord-coréen qui patronna la construction de cet imposant ouvrage au début des années 1980 —, des dizaines de véhicules sont garés. Les uns semblent en bon état, les autres sont à moitié calcinés, vitres brisées, désossés, «cannibalisés» dit un Sierra-Léonais. A l’intérieur de l’immeuble, est entassé un bric-à-brac de ventilateurs, climatiseurs, réfrigérateurs, pneus... Il y a même une baignoire échouée là dont on se demande de quel titre de propriété le futur bénéficiaire va pouvoir se prévaloir... Le maître des lieux, le colonel Ogunna, affirme que «la plupart des biens ont été rendus à leurs propriétaires légitimes», mais reste évasif sur les chiffres. Des centaines d’Européens et Libanais avaient été évacués juste après le coup d’Etat et nombre d’entre eux ne sont jamais revenus en Sierra Leone. Des centres similaires ont été installés par l’ECOMOG dans les grandes villes du pays, comme Bo (sud), Makeni (nord) ou Kenema (est). Ils fonctionnent sous le contrôle conjoint de la force ouest-africaine, dont l’ancien commandant des opérations en Sierra Leone est maintenant chef d’état-major de la Défense sierra-léonaise, et de policiers et juristes sierra-léonais. Mais selon les habitants de Freetown, les biens volés ne transitent pas tous par ce réseau très officiel. La marché du roi Jimmy Au marché du roi Jimmy par exemple, qui s’étale au pied d’une colline du centre-ville de Freetown jusqu’à la mer, on trouve tout: télévisions, canapés de velours à fleurs, radios, câbles électriques, chaussures... «Ce sont des choses que les gens viennent nous vendre parce que c’est la misère en Sierra Leone et qu’il faut bien vivre», explique l’un des «chefs» du marché, Sule Conté, qui se présente comme «journaliste indépendant donc sans le sou». «Si un gamin de 13 ans vient avec une télé sous le bras, je vérifie auprès de son père. Je ne veux pas acheter aux voleurs», assure-t-il, tout en précisant qu’il ne peut «pas tout contrôler». Au milieu de ruelles complètement ravinées s’entassent chaussures d’occasion, montres et radios électriques. Beaucoup proviendraient des pillages. Il y a aussi une buvette, où l’on vend du vin de palme par gallons (quatre litres) et un tunnel, réservé aux dealers de drogue. Juste à côté, le «secrétariat de la défense civile de la zone du roi Jimmy» abrite la police interne, dirigée par un jeune homme à la casquette de rappeur. Le marché a même son «site archéologique» aux dires de ses vendeurs. C’est «la pierre de Reuter», où des navigateurs britanniques qui croyaient avoir rejoint l’Inde ont gravé leurs noms. «C’est là», montrent fièrement les gamins en désignant une mare d’eau croupie pleine d’ordures. «Si on nettoie, on peut voir les inscriptions». Le marché du roi Jimmy s’appelle «Belgium» (Belgique), en souvenir des voitures d’occasion autrefois importées de ce pays. «Nous nous n’avons pas le capital pour acheter des voitures, mais nous avons gardé le nom, parce que la Belgique, pour nous, ça veut dire la bonne occasion», explique Sulé Conté. (AFP)
Seize mois après le début des pillages qui ont dévasté la capitale sierra-léonaise pendant neuf mois, baignoires, véhicules tout terrain et climatiseurs attendent toujours leurs propriétaires à Freetown. Le 25 mai 1997, de jeunes officiers renversaient le président civil Ahmad Tejan Kabbah et marquaient leur accession au pouvoir en mettant le feu au Trésor public et en dévalisant de nombreux ministères. Quelques jours plus tard, les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF), dépenaillés mais fortement armés, se ralliaient à la junte et, après des années passées à se terrer dans la brousse, poursuivaient le pillage de Freetown. Depuis qu’elle a rétabli le président Kabbah dans ses fonctions le 10 mars dernier, l’ECOMOG, la force ouest-africaine dominée par le Nigeria, s’efforce de retrouver les biens...