Actuellement, il existe 10 banques étrangères et 17 bureaux de représentation sur le territoire libanais. Ces institutions financières sont soumises à des autorisations d’exercer relativement rigides qui émanent de la Banque Centrale. Pour autant, la politique des autorités monétaires n’est pas fermée aux implantations éventuelles de banques nées hors du sérail, pourvu qu’elles soient les vecteurs d’investissements au Liban. Durant les événements, elles ont été le dernier refuge d’une épargne malmenée; avec la relance d’après guerre, ces mêmes banques ont été quelquefois les «chalands» de capitaux venus de l’étranger. Après la crise économique de ces derniers mois et à l’aube d’une modification du paysage économique local, quel rôle vont-elles jouer? Seront-elles le moteur d’un changement en profondeur des banques libanaises ou viendront-elles un jour damer le pion à nos banques nationales? Afin de répondre à ces questions, «L’Orient-Le Jour» a interrogé plusieurs banquiers «étrangers». Ainsi, le témoignage de M. Elie Nahas, directeur général de ABN Amro Bank, a permis de dresser un premier aperçu d’une évolution complexe, parce que liée à autant d’incertitudes locales que régionales et internationales. En outre, planifier de nos jours semble, en fait, une gageure, si l’on en croit des responsables de la «SGLEB» qui, elle, n’est pas tout à fait étrangère, ni peut être tout à fait locale. Même si son implantation au Liban ne fait aucun doute, cette banque pourrait être, de plus, un lien «culturel» entre la philosophie des banques nationales et celle des banques françaises qui participent au capital de plusieurs banques locales (Crédit Agricole: 50% de la BLF, 6% de Fransabank — entres autres). Historiquement, les institutions financières étrangères ont de tout temps eu des représentations au Liban. La «Banca di Roma» fut la première à implanter une filiale au pays du cèdre, à l’époque où l’on parlait encore couramment l’italien au Liban. Depuis, l’on compte pas moins de 48 agences ou représentations d’institutions financières étrangères sur le territoire national, réparties entre 10 banques et 17 bureaux de représentation. Tous ces établissements n’ont pas joué le même rôle et leur degré d’implication dans les affaires du Liban est très varié. En réalité, la plupart des établissements sont présents en guise d’observatoires ou au mieux de boîtes aux lettres pour les pays amis qu’elles représentent. Certaines de ces banques ont réouvert leurs portes après la fin de la guerre, d’autres n’ont cessé d’offrir leurs services, même durant les jours les plus noirs. Ainsi, la «BNPI», la «British Bank of M.E.», la «Jordan National Bank» ou encore l’«ABN Amro» ont toujours accompagné les Libanais, mais ces dernières années, leur rôle a évolué, sans bruit et à grands pas. Leur principale caractéristique est de jouir d’un appui logistique international et surtout de disposer de ressources financières importantes. Forts de leur expertise, ces établissements pourraient, à l’aide de leurs ressources, devenir des concurrents sérieux pour les autres banques. Un directeur de la «BLF» nous confie: «A l’échelle mondiale, il faudrait une seule banque étrangère pour répondre aux besoins de l’ensemble du marché libanais». Mais en fait la culture locale en la matière dispose autrement. Si l’heure est aux regroupements et aux fusions (en 98, restent 70 établissements sur les quelque 83 en 1995), si les vingt premières banques représentent environ 85% du marché, d’autres petits établissements, peut-être fédérés, devraient garder leur niche. Par ailleurs, il ne semble pas que la volonté des grandes banques étrangères soit de «gagner» l’ensemble du marché local. Une ambition régionale Pour les plus actives telle l’«ABN Amro», l’ambition est ailleurs, avec la globalisation et la perspective d’un marché régional qui se précise; «Le marché libanais est à nouveau mature, les banques étrangères ont donc un premier rôle d’exemple sur les métiers de services bancaires qui doivent être, à notre niveau, professionnels, au plan local» explique M. Nahas. «La donnée des ressources humaines reste toutefois un problème, mais aussi l’aspect informatique». précise le directeur de l’ABN Amro. En effet, les banques étrangères au Liban ont réintégré leur réseau international et cette mesure suppose l’adaptation à une informatique très pointue. Le Liban est le seul pays au monde à gérer de façon multi-monétaire les comptes de ses clients et il n’est pas facile de fondre ce système à ceux déjà en place à travers le monde. «Nous devons jouer un rôle de conseil sur le marché et dans le cadre de la régionalisation, une ouverture vers la Jordanie et la Syrie paraît évidente, du moins sur le papier», indique M. Nahas. «Nous nous y employons dès maintenant, même si nous sommes conscients que ces pays ont encore des revenus faibles; demain, il faudra tenir compte de cet espace économique». La tendance est donc aux consensus avec les banques slocales, dans l’attente peut-être d’un vrai déblocage de la situation dans la région.
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