Les grands argentiers de la planète vont se retrouver à partir de cette semaine à Washington pour les réunions annuelles de la Banque Mondiale et du FMI alors que le monde vit une crise financière sans précédent depuis 50 ans. Aujourd’hui, le Fonds monétaire international va donner le coup d’envoi d’un agenda très chargé en prenant acte, lors de la publication de ses prévisions économiques mondiales semi-annuelles, du ralentissement de la croissance mondiale. Quatorze mois après le déclenchement de la tempête en Thaïlande, la crise a pris racine en Asie, a précipité la débâcle russe et fait craindre à tout moment une attaque monétaire en Amérique latine. Entre-temps, le Japon s’est enfoncé dans la récession et les Etats-Unis croient voir se profiler la fin d’un septennat de croissance soutenue et paisible. La spectaculaire quasi faillite d’un fonds de couverture (LTCM) aux Etats-Unis la semaine dernière, pour lequel la Réserve Fédérale a organisé un sauvetage d’urgence, met encore l’accent sur la nécessité d’une profonde réforme des systèmes bancaires et de certaines règles du jeu sur les marchés. Si les pays émergents vont à nouveau être appelés à mettre en œuvre davantage de «transparence» et de «bonnes politiques», le rôle des outils spéculatifs qu’on ne contrôle plus sur les marchés et la responsabilité du secteur privé seront aussi au cœur des débats. Le Congrès américain a décidé d’organiser des auditions dès cette semaine sur les règles s’appliquant aux fonds de couverture et pourrait demander une législation plus stricte. Samedi prochain, un G7-Finances devrait réitérer sa volonté de soutenir la croissance dans les pays industrialisés et appeler vigoureusement à une réforme du système financier. Cette réunion des ministres des Finances des sept pays les plus industrialisés sera prolongée lundi 5 octobre par une rencontre entre les pays riches du G7 et les représentants des pays émergents formant un nouveau groupe dit G22, créé au printemps dernier en raison de la crise. Dimanche, le Comité intérimaire du FMI, instance politique du Fonds composée de 24 ministres des Finances et gouverneurs de Banques centrales représentant tous les pays-membres, tentera d’avancer sur «la nouvelle architecture» du système financier mondial. Outre la transparence, les capacités de surveillance du Fonds, l’adoption de nouvelles réglementations pour les institutions financières, la réforme du FMI et de son institution-sœur la Banque mondiale sera aussi abordée. Le directeur général du FMI, Michel Camdessus veut proposer de donner plus de pouvoir de décision au Comité intérimaire. Certains pays membres préconisent des réformes plus radicales, comme les Britanniques qui prônent une fusion partielle des deux institutions en ce qui concerne leurs prérogatives dans le secteur financier. La libéralisation accrue des mouvements de capitaux (flux et investissements), qui serait une nouvelle prérogative du FMI, reste à l’ordre du jour même si ses bénéfices paraissent sérieusement écornés aux yeux de nombreux pays émergents qui payent aujourd’hui le prix du retrait massif de ces capitaux. Mais cette libéralisation doit être «progressive et ordonnée», martèle M. Camdessus. Sur ce point, le FMI se montre plus souple qu’il y a quelques mois puisqu’il reconnaît que certains contrôles temporaires peuvent être justifiés. Le FMI et ses membres insisteront aussi sur le besoin de renforcer les ressources de l’institution monétaire dont les réserves, fortement mises à contribution pour soutenir les pays victimes de la crise, ont fondu à un niveau inquiétant. Depuis un an, le Congrès américain refuse de donner son feu vert à la part américaine à l’augmentation de capital du FMI, violemment critiqué de toute part. La Banque mondiale sera appelée à coopérer davantage avec le Fonds lors de la tenue de son instance politique, le Comité de développement, lundi prochain. L’institution livrera son bilan des coûts sociaux de la crise avec l’explosion du chômage dans les pays asiatiques et les difficultés de la distribution alimentaire qui se font jour en Indonésie notamment. Son président, James Wolfensohn, demandera aussi qu’on explore de nouvelles voies pour mieux rentabiliser les finances de l’institution de développement (bénéfice 98: 1,2 md USD). La Banque a déjà relevé les taux d’intérêt sur ses prêts. Enfin, rôle plus classique pour l’institution de développement, la Banque fera le point sur l’initiative d’allégement de la dette des pays les plus pauvres, qui bénéficie surtout à l’Afrique. Il est question de l’élargir pour en faire bénéficier des pays sortant de conflit. (AFP)
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