Trois affaires très différentes ont éclaboussé ces derniers jours les procureurs et juges italiens, mettant en lumière les méthodes contestables de certains d’entre eux, en dépit des résultats spectaculaires contre la corruption et la mafia. Alors que la première de ces affaires touche des personnages de premier plan de l’enquête «Mains propres», les deux autres révèlent l’acharnement de petits juges à parvenir à des aveux dans des affaires criminelles. La première affaire vient à point nommé conforter la droite italienne dans sa demande d’une commission d’enquête parlementaire sur l’enquête «Mains propres». Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a en effet décidé vendredi de traduire devant une instance disciplinaire l’ancien juge des enquêtes préliminaires de Milan (GIP), Italo Ghitti. M. Ghitti, qui a vu passer sur son bureau pendant deux ans (1992/93) les grands dossiers de l’enquête «Mains propres», est accusé d’avoir eu un «comportement de proximité inadmissible avec le ministère public», incarné par le célèbre procureur Antonio Di Pietro. Au procureur qui lui demandait d’émettre un nouveau mandat de détention préventive à l’encontre d’un chef d’entreprise, Mario Maddaloni, accusé dans une affaire de corruption, le juge Ghitti a suggéré de «trouver un nouveau chef d’inculpation», celui que proposait M. Di Pietro ne pouvant suffire. La droite, dirigée par le magnat de la télévision Silvio Berlusconi, qui ne cesse de dénoncer l’acharnement des juges contre elle, s’est empressée de féliciter le CSM, estimant que l’histoire de Mains Propres «allait pouvoir être réécrite à la lumière d’épisodes comme celui-là» et qu’il était «le signe que les juges s’étaient sentis omnipotents». Baisse de popularité La Chambre des députés italienne doit se prononcer le 20 octobre prochain sur la demande de l’opposition de droite d’instituer une commission parlementaire sur l’enquête «Mains propres». La droite n’est pas seule à être critique avec les magistrats italiens. Le centre-gauche, tout en louant leur travail, ne les épargne pas. Ainsi, son dirigeant, l’ex-communiste Massimo D’alema, s’est montré sévère cette semaine: «par chance, a-t-il dit, la popularité des juges baisse, car la magistrature n’est pas une avant-garde révolutionnaire. Les magistrats doivent se limiter à faire respecter la loi». Les deux autres affaires, de justice criminelle, révèlent des abus caractérisés des magistrats. Un procureur piémontais, Aldo Cuva, a été condamné mercredi dernier à un an et dix mois de prison avec sursis: chargé de l’enquête sur la mort d’une jeune femme, Maria Letizia Berdini, tuée en décembre 1996 par une pierre jetée sur sa voiture depuis un pont d’autoroute, et pressé par les médias de parvenir à un résultat, il aurait «craqué» comme il l’a avoué: un témoin clé a raconté qu’il avait été menacé par Aldo Cuva durant un interrogatoire pour qu’il mette en cause plusieurs jeunes gens. Le juge lui aurait dit: «Si tu ne parles pas, ta mère pourrait être arrêtée». Le procureur Cuva avait ensuite supprimé les passages compromettants dans l’enregistrement de l’interrogatoire. Enfin, la diffusion ce mois-ci à la télévision italienne d’une vidéo-cassette dans une autre affaire très médiatique, celle de l’étudiante Marta Russo, assassinée en 1997 à l’université de Rome, a déclenché l’ouverture d’une enquête interne au ministère de la Justice sur les méthodes employées par deux magistrats. Le témoin, Gabrielle Alletto, apparaît soumise à des pressions et des menaces des magistrats qui tentent de lui faire dire qu’elle a bien assisté à la scène du meurtre et à mettre en cause deux suspects. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Trois affaires très différentes ont éclaboussé ces derniers jours les procureurs et juges italiens, mettant en lumière les méthodes contestables de certains d’entre eux, en dépit des résultats spectaculaires contre la corruption et la mafia. Alors que la première de ces affaires touche des personnages de premier plan de l’enquête «Mains propres», les deux autres révèlent l’acharnement de petits juges à parvenir à des aveux dans des affaires criminelles. La première affaire vient à point nommé conforter la droite italienne dans sa demande d’une commission d’enquête parlementaire sur l’enquête «Mains propres». Le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a en effet décidé vendredi de traduire devant une instance disciplinaire l’ancien juge des enquêtes préliminaires de Milan (GIP), Italo Ghitti....