L’organisation du séjour du secrétaire général du Conseil permanent de la francophonie, Boutros Boutros-Ghali, arrivé le 6 septembre au Canada, a suscité une vive polémique entre les autorités fédérales et le premier ministre du Québec Lucien Bouchard, qui a décidé de ne pas rencontrer l’ancien secrétaire général de l’ONU. M. Boutros-Ghali effectue une visite d’une dizaine de jours au Canada en préparation du sommet de la francophonie, qui doit se tenir dans un an à Moncton (Nouveau-Brunswick). Après s’être rendu dans cette province et à Peggy’s Cove (Nouvelle-Ecosse), pour se recueillir sur les lieux de l’accident du vol 111 de la compagnie Swissair, M. Boutros-Ghali est parti à Toronto, d’où il a poursuivi son voyage à Montréal, Québec, Sudbury (Ontario) et Ottawa. Les autorités fédérales ont décidé de prendre totalement en charge l’organisation du voyage de M. Boutros-Ghali, et de le faire accompagner partout par des fonctionnaires fédéraux, dont le représentant de M. Chrétien auprès de la francophonie, Claude Laverdure. Ils ont confié sa sécurité, y compris au Québbec, à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), la police fédérale. Le ministère des Affaires étrangères a tenu à se justifier dans un communiqué en soulignant que «le gouvernement du Canada se doit, en vertu du droit canadien et du droit international, d’assurer la sécurité et la protection des hauts dignitaires étrangers qui séjournent au Canada». Des précédents Le premier ministre Jean Chrétien a souligné devant la presse que s’«il y a une règle qui s’applique pour le premier ministre de la France», les responsables de la francophonie quant à eux «sont reçus exactement comme les chefs de gouvernement de quelqu’autre pays que ce soit». Le premier ministre québécois Lucien Bouchard a vigoureusement protesté, et a reproché aux autorités fédérales de vouloir «éroder» les pouvoirs de la province et de contrevenir aux accords implicites qui laissent «les coudées franches» au Québec quand il reçoit des responsables français ou de la francophonie. M. Bouchard a cité à cet égard plusieurs précédents lors de visites de hauts responsables de la Francophonie. Mais, pour Ottawa, aucun précédent ne vaut, le poste de M. Boutros-Ghali ayant été créé en novembre dernier. Bien qu’ayant lui-même invité M. Boutros-Ghali au Québec, lors du dernier sommet de la francophonie, à Hanoï, en novembre 1997, M. Bouchard a décidé de ne pas le rencontrer lors de son séjour dans la province. L’affaire, si elle semble futile, est lourde de symboles pour les Québécois, comme le souligne le journal souverainiste «Le Devoir». Il remarque que si Québec laissait à Ottawa le soin de prendre en charge M. Boutros-Ghali, il «donnerait le signal aux autres pays membres de la francophonie qu’il accepte d’une certaine façon une tutelle d’Ottawa sur son propre territoire». Le Québec, comme le Nouveau-Brunswick, seule province bilingue du Canada, bénéficie du statut particulier de «gouvernement participant» à l’intérieur de la francophonie. Un statut qui leur donne voix égale à celles des autres pays membres, sauf sur les questions politiques. Au cours de son séjour au Nouveau-Brunswick, M. Boutros-Ghali avait vanté «l’harmonieuse cohabitation culturelle» que la province avait su promouvoir. (AFP)
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