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Actualités - Biographies

Primakov, l'homme du compromis (photo)

Evgueni Primakov est par excellence l’homme du compromis qui commande le respect du Kremlin, de l’opposition communiste et de l’Occident. Ancien membre du Politburo soviétique considéré comme un faucon pendant les années de guerre froide, l’ex-patron du SVR — le service secret russe qui succéda au KGB — a acquis une réputation de défenseur acharné des intérêts nationaux russes depuis qu’il a pris la tête du ministère des Affaires étrangères au début de 1966. Tout au long de sa carrière, il a délibérément privilégié la discrétion et c’est à son corps défendant qu’il a accepté d’être pressenti pour prendre la tête du gouvernement, à la suggestion des communistes. Ses adversaires soulignent d’ailleurs qu’il a bien trop peu d’expérience des questions économiques pour faire un bon premier ministre. Viktor Tchernomyrdine, dont la candidature a été à deux reprises rejetée par la Chambre basse du Parlement, a dit avoir suggéré au président de désigner son ministre des Affaires étrangères parce que «c’est un démocrate, un professionnel et une personnalité connue sur la scène internationale». Son nom a été pour la première fois avancé au cours du week-end. «Nous devons confirmer un premier ministre qui n’ait pas à être limogé dans les trois mois. Il ne devrait appartenir à aucun parti», avait souligné le libéral Grigory Yavlinski dans un discours à la Douma, juste avant que celle-ci rejette pour la deuxième fois la candidature de Tchernomyrdine. «Il devrait avoir une autorité politique certaine, être connu dans le monde et ne pas vouloir s’engager dans la course à la présidence. Une telle personnalité existe. C’est Evgueni Maximovitch Primakov», avait-il ajouté. Ces remarques venant d’un libéral illustrent le soutien dont dispose le ministre des Affaires étrangères, dont le nom avait déjà été avancé par le PC la veille, puis soutenu verbalement par les nationalistes, avant de recevoir jeudi l’approbation du Kremlin. Sur la scène internationale, il a su gagner le respect de ses homologues occidentaux qui, après une période initiale de méfiance à son égard en 1996, ont établi avec lui de bonnes relations de travail. C’est notamment le cas avec le secrétaire d’Etat américain, Madeleine Albright. Agé de 68 ans, petit, râblé, Evgueni Primakov a gagné le respect tant en Russie qu’à l’étranger pour sa défense acharnée des intérêts russes dans la querelle qui a opposé Moscou aux pays occidentaux à propos de l’élargissement de l’Alliance atlantique, et aussi pour sa reconstruction de l’image diplomatique russe sur les ruines de celle de l’URSS. Passion pour les polars Il a également remporté de nets succès dans l’amélioration des relations avec la Chine, le Japon, ainsi qu’avec de nombreux pays hors de la sphère des grandes et moyennes puissances, qui entretenaient naguère d’étroites relations avec l’Union Soviétique. Le Proche-Orient, où il a été correspondant de «La Pravda» à la fin des années 1960, est particulièrement proche de son cœur. «Lorsque la Russie aura rétabli une économie suffisamment forte, le moment viendra pour elle de revendiquer la place qu’elle mérite sur la scène internationale, a-t-il déclaré il y a peu aux élèves de l’Académie diplomatique. Entre-temps, nous devons tranquillement faire front et bâtir une politique étrangère solide». Il a également proposé d’apporter sa médiation entre l’Irak et les Nations Unies et, en novembre 1997, Bagdad promettait d’autoriser les inspecteurs en désarmement de l’ONU à reprendre leur travail à la suite d’entretiens entre le vice-premier ministre irakien Tarek Aziz, Boris Eltsine et lui-même. Evgueni Primakov succéda à la tête de la diplomatie russe au très pro-occidental Andreï Kozyrev, un mois après la victoire des communistes aux élections législatives de décembre 1995. Dès son arrivée au ministère des Affaires étrangères, après avoir dirigé pendant cinq ans le SVR, Primakov se déclarait conservateur. Piètre orateur Il est l’artisan d’une union controversée entre la Russie et la Biélorussie, dirigée par le très conservateur Alexander Loukachenko, qui a fortement déplu aux libéraux russes. Membre de la prestigieuse Académie des sciences, Evgueni Primakov avait entretenu de bonnes relations avec Michaïl Gorbatchev et déjà du temps de Leonid Brejinev, dans les années 1970, il était considéré par la haute hiérarchie du PCUS comme un des experts de la scène proche-orientale. Membre du PC depuis 1953 et jusqu’à ce que Boris Eltsine déclare son abolition, Primakov a été membre du comité central et, brièvement, membre suppléant du Politburo. Piètre orateur, Evgueni Primakov s’est tenu à l’écart de la scène politique russe dès sa nomination en tant que ministre. Il n’en est pas moins considéré comme un des hommes d’Etat les plus influents ayant ses entrées au Kremlin. Il a dirigé dans les années 1970 le prestigieux Institut de l’économie mondiale et des relations internationales, ainsi que l’Institut moscovite d’études orientales. Elu au Parlement soviétique en 1988, il en prit la présidence de juin 1989 à septembre 1990, avant de rejoindre cette année-là le Conseil présidentiel institué par Michaïl Gorbatchev. Né à Kiev (Ukraine), il a été élevé à Tbilissi (Géorgie). Diplômé en 1953, il fit ses premiers pas en tant que journaliste à la radio-télévision d’Etat soviétique. Veuf, il a une fille et une petite-fille. Il confesse une passion pour les romans policiers. (Reuters)
Evgueni Primakov est par excellence l’homme du compromis qui commande le respect du Kremlin, de l’opposition communiste et de l’Occident. Ancien membre du Politburo soviétique considéré comme un faucon pendant les années de guerre froide, l’ex-patron du SVR — le service secret russe qui succéda au KGB — a acquis une réputation de défenseur acharné des intérêts nationaux russes depuis qu’il a pris la tête du ministère des Affaires étrangères au début de 1966. Tout au long de sa carrière, il a délibérément privilégié la discrétion et c’est à son corps défendant qu’il a accepté d’être pressenti pour prendre la tête du gouvernement, à la suggestion des communistes. Ses adversaires soulignent d’ailleurs qu’il a bien trop peu d’expérience des questions économiques pour faire un bon...