Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Santer favori à sa propre succession à la tête de l'UE

Les grandes manœuvres pour la succession de Jacques Santer à la présidence de la Commission européenne ont débuté, avec pour favori le locataire actuel du Breydel et pour outsiders quelques socialistes du Sud. Jacques Santer, dont le mandat se termine à la fin de 1999, a fait savoir cet été aux dirigeants européens qu’il était disponible pour un nouveau bail de cinq ans et, selon des diplomates, il a déjà discrètement sondé plusieurs capitales. «Il rempilera si on le lui demande», souligne un membre de son entourage, précisant les déclarations plus vagues — « bien entendu, je suis prêt à poursuivre ce travail» — faites fin août par l’intéressé au journal autrichien «Kurier». Certes, les socialistes, largement majoritaires à la fois au Parlement européen et parmi les gouvernements des Quinze, préféreraient qu’un des leurs succède à ce démocrate-chrétien choisi en 1994, après que les Britanniques eurent opposé leur veto à la nomination du premier ministre belge Jean-Luc Dehaene. Ils estiment que le poste, pour lequel une décision doit être prise au plus tard en juin 1999, leur revient désormais naturellement et Jacques Delors, qui a occupé la fonction pendant dix ans, s’est improvisé faiseur de rois. Il a d’abord soutenu la candidature de l’ancien premier ministre espagnol Felipe Gonzalez en proposant un mécanisme qui revenait à faire élire le président de la Commission par le groupe le plus important du Parlement européen, les socialistes. Gonzalez hors-jeu Outre le fait que ce mécanisme a reçu un accueil glacial de la part des Quinze, qui ne veulent pas abandonner l’une de leurs prérogatives les plus importantes, Felipe Gonzalez était loin de faire l’unanimité, y compris parmi les socialistes. Son fédéralisme militant irrite certaines capitales, notamment Londres, Copenhague et Stockholm, et il s’est mis lui-même hors-jeu en reprenant sa robe d’avocat pour défendre les ministres de son ex-gouvernement accusés d’avoir créé les GAL, escadrons de la mort chargés de lutter contre l’ETA. Jacques Delors a donc entamé cet été au Portugal la promotion du premier ministre portugais Antonio Guterres, même si d’autres noms, comme celui du premier ministre italien Romano Prodi, sont très souvent cités à Bruxelles. «Guterres ferait un bon président», estime Pervenche Bérès, chef du groupe socialiste français au Parlement européen. «C’est vrai qu’il réunit toutes les qualités, estime un haut responsable de la Commission. Si ce n’est pas Santer, ce sera sans aucun doute quelqu’un comme Guterres». Il vient d’abord d’un des 11 pays membres de la monnaie unique, une condition sine qua non qui a pour effet d’exclure tout candidat grec, britannique, suédois ou danois. Un demi-mandat? Socialiste très modéré — ce catholique pratiquant s’est déclaré opposé à la dépénalisation de l’avortement lors du récent référendum portugais —, il incarne la sociale-démocratie moderne chère au premier ministre britannique Tony Blair. Originaire d’un petit pays qui n’a jamais occupé de poste à responsabilité dans les institutions internationales, si l’on excepte l’inexistante Union de l’Europe occidentale (UEO) présidée par le diplomate portugais José Cutileiro, il n’est pas perçu comme une «créature» du «directoire des grands». Les pays du Sud de l’Europe, qui n’ont occupé qu’une seule fois le poste en 40 ans de Commission, estiment que leur tour est venu et, aux termes d’un accord tacite intervenu à Maastricht en 1991, le poste revient à un premier ministre. Enfin, depuis son arrivée au pouvoir, Antonio Guterres s’est fait apprécier par les autres membres du Conseil européen: personnage lisse et consensuel, il suscite la sympathie et devrait aisément obtenir l’investiture du Parlement européen. Mais le premier ministre portugais, dont le parti divisé doit affronter des élections difficiles au plus tard à l’automne 1999, a dû affirmer qu’il n’était pas candidat pour faire taire les spéculations et rassembler ses troupes. «Ça ne veut pas dire que l’hypothèse Guterres est enterrée», avertit toutefois un diplomate bien au fait du dossier. Mais le principal obstacle à sa nomination sera Santer. «Si Santer est officiellement candidat, ce sera très difficile de le contrer», estime un membre de la Commission. Cela le sera d’autant plus que l’hypothèse de la nomination d’une Commission pour un demi-mandat seulement, permettant d’achever le lancement des pièces et des billets en euros en 2002 et les travaux préparatoires à l’élargissement, est sérieusement examinée, ajoute-t-on de même source. Le Luxembourgeois, qui n’a pas suscité l’enthousiasme depuis 1995 mais ne s’est pas non plus fait d’ennemis, bénéficierait ainsi de la crainte d’un changement de dirigeant au milieu du gué, tout en gardant la porte ouverte à un nouveau visage, par exemple Antonio Guterres, dans un avenir assez proche. «Ce serait la pire solution, estime Pervenche Bérès. Il faut un personnage politique fort à ce poste». (Reuters)
Les grandes manœuvres pour la succession de Jacques Santer à la présidence de la Commission européenne ont débuté, avec pour favori le locataire actuel du Breydel et pour outsiders quelques socialistes du Sud. Jacques Santer, dont le mandat se termine à la fin de 1999, a fait savoir cet été aux dirigeants européens qu’il était disponible pour un nouveau bail de cinq ans et, selon des diplomates, il a déjà discrètement sondé plusieurs capitales. «Il rempilera si on le lui demande», souligne un membre de son entourage, précisant les déclarations plus vagues — « bien entendu, je suis prêt à poursuivre ce travail» — faites fin août par l’intéressé au journal autrichien «Kurier». Certes, les socialistes, largement majoritaires à la fois au Parlement européen et parmi les gouvernements des Quinze,...