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Actualités - Chronologie

Après la désignation de Primakov au poste de premier ministre

Les milieux économiques soufflaient jeudi, estimant que la désignation d’Evgueni Primakov au poste de premier ministre — qui a toutes les chances d’être entériné dès aujourd’hui par la Douma — permettait d’«éviter le pire»: une absence de gouvernement en pleine tourmente financière et des troubles sociaux… Mais économistes et financiers attendent avec une extrême prudence la définition d’un programme et la formation de l’équipe économique de M. Primakov, 68 ans, chef de la diplomatie russe issu du sérail soviétique et peu féru d’économie. Cette candidature «a permis d’éviter le pire, une dissolution de la Douma (Chambre basse), des désordres civils… qui semblaient un risque réel si Boris Eltsine avait insisté sur la candidature de Viktor Tchernomyrdine», relève Gary Kinsey, courtier de la société Brunswick Warburg. «On craignait d’une part une Russie sans pouvoir — or la machine gouvernementale va repartir — et d’autre part des renationalisations massives. M. Primakov connaît les rouages de l’Occident, c’est un homme intelligent et ce genre de menaces n’est plus vraiment à craindre», ajoute un banquier occidental. La Bourse de Moscou, qui flirtait avec ses plus bas historiques depuis des jours, a salué les décisions du Kremlin et renoué avec la hausse (+4,82%). Mais l’activité reste faible et les risques de faillite économique élevés. Le rouble de son côté a confirmé le redressement amorcé mercredi. La Banque centrale l’a fixé jeudi à 12,87 roubles pour un dollar, contre 15,77 mercredi (+22,5%). Mais le retour en grâce du rouble (tombé la semaine dernière jusqu’à 30 pour un dollar dans les échanges entre banques) est surtout dû à des raisons techniques: la Sberbank (caisse d’épargne) ne prête plus de roubles,aux banques, les exportations ont ordre de changer sur le marché des changes, la moitié de leurs recettes en devises et la hausse des prix (de 50% à 100% selon les produits) ne s’est accompagnée pour le moment d’aucune émission monétaire. Une fois la crise politique évitée, la question majeure reste celle de l’avenir économique du pays, et personne ne peut encore prédire quelle sera la politique de M. Primakov, même s’il s’est engagé devant des responsables occidentaux jeudi à «poursuivre des réformes». La crise financière est gravissime, l’Etat russe n’a plus un sou, le rouble a perdu près de 50% de sa valeur depuis la mi-août, l’inflation s’emballe, la production nationale ne cesse de sombrer, des licenciements massifs se profilent et les Russes sont de plus en plus nombreux dans la misère. M. Primakov, qui ne défend pas particulièrement les idées de l’économie de marché, «ne va à l’évidence pas diriger lui-même la politique économique», souligne une étude de la société Brunswick Warburg. Deux personnalités très éloignées de la rigueur ont de grandes chances d’entrer dans la prochaine équipe: l’ancien président de la GosBank (la Banque centrale soviétique) Viktor Guerachtchenko que la Douma souhaite revoir à la tête de la Banque centrale de Russie, et le communiste Iouri Maslioukov, ancien ministre de l’Industrie. M. Maslioukov a été reçu ces derniers jours au Kremlin. Ses idées de renationalisations partielles, subventions à l’industrie et à l’agriculture, sont soutenues par l’opposition de gauche. «Mais on ne peut encore savoir quelle serait sa sphère d’influence», relève Brunswick. Si le libéral Boris Fiodorov, chargé des grands dossiers financiers, restait au gouvernement, il pourrait imposer une politique rigoureuse et obtenir des Occidentaux une aide financière indispensable pour stabiliser le rouble et amorcer le redressement. Mais «l’opposition de gauche ne l’apprécie guère et les députés peuvent exiger son départ», relève un économiste. Certains espèrent aussi l’arrivée du réformateur modéré Grigori Iavslinki, partisan d’une Russie qui vivrait selon ses moyens et non en gaspillant l’argent qu’elle n’a pas. «Ce n’est pas tant la personnalité de M. Primakov qui pose problème. C’est que M. Tchernomyrdine a torpillé ses chances pour la prochaine présidentielle et qu’actuellement, il ne reste en course que trois personnalités peu rassurantes pour les marchés: un communiste (Guennadi Ziouganov), un général (Alexandre Lebed) et un maire soupçonné d’être trop proche des milieux mafieux (Iouri Loujkov)», relève un banquier occidental. (AFP)
Les milieux économiques soufflaient jeudi, estimant que la désignation d’Evgueni Primakov au poste de premier ministre — qui a toutes les chances d’être entériné dès aujourd’hui par la Douma — permettait d’«éviter le pire»: une absence de gouvernement en pleine tourmente financière et des troubles sociaux… Mais économistes et financiers attendent avec une extrême prudence la définition d’un programme et la formation de l’équipe économique de M. Primakov, 68 ans, chef de la diplomatie russe issu du sérail soviétique et peu féru d’économie. Cette candidature «a permis d’éviter le pire, une dissolution de la Douma (Chambre basse), des désordres civils… qui semblaient un risque réel si Boris Eltsine avait insisté sur la candidature de Viktor Tchernomyrdine», relève Gary Kinsey, courtier de...