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Actualités - Chronologie

La laine britannique, tondue par la crise

L’air ahuri et la laine trempée par la pluie fine, les petits moutons de Rye (sud-est de l’Angleterre) attendent sagement dans leurs enclos un acheteur qui ne viendra pas: depuis le début de l’année, le marché de la laine britannique est en crise. La vigueur de la livre sterling sur les marchés des changes a éloigné les acheteurs étrangers, déjà affectés par la tourmente économique en Asie, tandis que la baisse des prix du pétrole a accru la concurrence des textiles synthétiques. Et chaque mercredi, sur le marché aux enchères de Rye, nombreux sont les éleveurs qui doivent se contenter de prix toujours plus à la baisse ou pire, repartir avec leurs animaux invendus. «Le marché de la laine a commencé à se dégrader en novembre de l’année dernière, alors que la livre ne cessait de grimper», explique Franck Langrish, l’un des plus gros éleveurs ovins du sud-est de l’Angleterre. En un an, ses revenus de la laine ont été amputés de 40%. Entre novembre 1997 et début septembre de cette année, l’indice Wooltops, référence du marché britannique, a ainsi perdu 128 pence pour s’établir actuellement à 300 pence le kilo, soit une chute de 30%. «Comme plus de 60% de la laine britannique est exportée, brute ou transformée, la force de la livre sterling a sérieusement affecté le marché», reconnaît Alun Evans, éleveur de moutons et président du British Wool Marketing Board (BWMB), l’organisme professionnel des producteurs de laine britanniques, dans son rapport annuel sur la saison 1997/98. «La livre sterling est beaucoup trop forte et mes principaux clients, qui sont italiens, belges ou chinois, sont allés voir en Nouvelle-Zélande ou en Australie, où la laine est nettement moins chère, surtout depuis la dépréciation de la monnaie dans ces deux pays», souligne Franck Langrish, membre actif du BWMB. Résistante Normalement, 10 à 15% moins chère que la laine néo-zélandaise, sa principale concurrente, la laine britannique se retrouve désormais 10 à 15% plus chère, explique-t-il. Les bottes plantées dans le fumier, quelques propriétaires d’abattoirs de la région tâtent des bêtes et écoutent le commissaire des enchères de Rye décliner les prix pour des lots de petits agneaux tremblants. Aujourd’hui, un animal se vend péniblement à trente livres pièce (50 dollars) quand il valait 42,43 livres il y a un an. «Trente livres, ça couvre à peine les coûts d’élevage d’une bête», note un fermier, la mine dépitée face à un lot délaissé par les rares acheteurs. Et tant que les taux d’intérêt ne seront pas réduits, permettant à la devise britannique de s’affaiblir, les prix de la laine vont continuer de reculer, estime-t-il. Sans pour autant être en faveur de la participation du Royaume-Uni à la monnaie unique européenne, la plupart des éleveurs présents sur le marché de Rye reconnaissent qu’un taux de change fixe entre la livre sterling et l’euro faciliterait leurs échanges avec l’Union européenne qui absorbe plus de 50% de la production ovine britannique. Seules les campagnes promotionnelles du BMWB et les actions en faveur d’une amélioration de la qualité de la laine ont permis au marché britannique de limiter légèrement les dégâts et de contrer la montée en puissance des textiles synthétiques, facilitée par la baisse des prix du pétrole et donc des coûts de fabrication. Près de 46,4 millions de kilos de laine ont été produits et vendus en 1997/98 contre 45,6 millions de kilos la saison précédente, en grande majorité à l’industrie de la moquette. «C’est notre laine qui a été utilisée pour fabriquer la moquette du nouvel aéroport de Hong Kong», se félicite Franck Langrish. «Il y a deux millions de kilos de laine britannique dans cette moquette», ajoute-t-il. «Ils se moquaient bien du prix, ils voulaient un produit qui dure, qui résiste. La laine d’ici est réputée pour ça. Elle résiste», lance-t-il, avant de récupérer un lot de vieilles brebis, qui n’ont plu à personne. (AFP)
L’air ahuri et la laine trempée par la pluie fine, les petits moutons de Rye (sud-est de l’Angleterre) attendent sagement dans leurs enclos un acheteur qui ne viendra pas: depuis le début de l’année, le marché de la laine britannique est en crise. La vigueur de la livre sterling sur les marchés des changes a éloigné les acheteurs étrangers, déjà affectés par la tourmente économique en Asie, tandis que la baisse des prix du pétrole a accru la concurrence des textiles synthétiques. Et chaque mercredi, sur le marché aux enchères de Rye, nombreux sont les éleveurs qui doivent se contenter de prix toujours plus à la baisse ou pire, repartir avec leurs animaux invendus. «Le marché de la laine a commencé à se dégrader en novembre de l’année dernière, alors que la livre ne cessait de grimper», explique Franck...