Les grands partis engagés dans la bataille pour les législatives allemandes utilisent sans scrupules l’immigration et la sécurité intérieure comme thèmes de campagne, au risque de faire le lit de l’extrême-droite. La CSU, branche conservatrice bavaroise de la démocratie chrétienne au pouvoir, s’est la première fait le chantre d’une lutte sans pitié contre la «criminalité des étrangers». Une position que la CDU d’Helmut Kohl nuance, mais approuve, et que le parti social-démocrate rival (SPD) a copiée au fil des mois. Sur une affiche électorale, la CDU s’élève contre «l’abus du droit d’asile et les réfugiés économiques», faisant ressortir dans le texte le mot «étranger». Une autre montre un policier souriant sous le slogan : «Voter CDU pour la sécurité», reprenant un plaidoyer du chancelier Helmut Kohl pour «un Etat fort» qui assure la sécurité des citoyens. Le SPD ne va pas jusqu’à le prôner dans ses affiches de campagne, mais il juge dans son programme électoral que «les possibilités d’expulsion doivent être utilisées efficacement», dans la lignée du très remarqué «dehors, et vite» lancé en 1997 aux délinquants étrangers par son candidat à la chancellerie, Gerhard Schroeder. Cette chasse sur les terres de l’extrême-droite vise à ramener les voix des protestataires égarés : les partis extrémistes sont crédités de 4% des suffrages, autant de points précieux pour les deux grands partis engagés dans une course serrée. Les sociaux-démocrates, même s’ils insistent davantage sur la prévention, se sont mis au diapason intransigeant de la CDU concernant la lutte contre la drogue ou la diffusion d’images pédophiles. Les deux camps prônent le placement des jeunes criminels dans des institutions fermées et le renvoi chez eux des criminels étrangers. Une terre d’immigration Forte d’un programme axé sur l’immigration et la sécurité intérieure, la CSU a remporté un gros succès aux régionales de Bavière (52,9% des voix). «Préconiser une immigration renforcée dans une Allemagne densément peuplée, c’est menacer la paix intérieure», estime la CSU, hostile à «une société multiculturelle». «L’Allemagne n’est pas une terre d’immigration», renchérissent Helmut Kohl et son dauphin Wolfgang Schaeuble, une phrase qui a fait pousser des hauts cris au Parti libéral (FDP), allié de M. Kohl au gouvernement, et aux Verts. La plate-forme électorale de la CDU-CSU s’en tient à une «limitation de l’immigration autant que possible». Mais le ministre-président CSU du Land (Etat régional) de Bavière, Edmund Stoiber, a franchi un pas supplémentaire en liant immigration et chômage, suggérant de limiter la première pour endiguer le second. Du coup, l’association Pro Asyl a investi dans des publicités pour épingler l’imputation des maux de l’Allemagne aux étrangers. Les communistes rénovés du PDS reprochent à la démocratie chrétienne de chercher à «gagner des voix sur le dos des immigrés et des demandeurs d’asile», tandis que Les Verts dénoncent les «shérifs noirs et vengeurs rouges», aux couleurs de la CDU-CSU et du SPD. Les syndicats et l’Eglise protestante se sont élevés contre ces propos populistes. Et la Poste a doté ses salariés de badges «Je suis contre le racisme et la xénophobie» pour lutter contre la multiplication des «propos xénophobes de partis politiques». La stratégie sécuritaire des grands partis peut toutefois s’avérer dangereuse, relèvent des analystes : loin d’attirer des suffrages aux flatteurs, la banalisation de la rhétorique xénophobe pourrait donner du souffle aux extrémistes de droite (républicains, DVU et NPD). Les républicains, qui ont «remercié» en Bavière la CSU pour sa défense de leurs thèmes de prédilection, ne doutent d’ailleurs pas que «l’électeur préférera l’original à la copie». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les grands partis engagés dans la bataille pour les législatives allemandes utilisent sans scrupules l’immigration et la sécurité intérieure comme thèmes de campagne, au risque de faire le lit de l’extrême-droite. La CSU, branche conservatrice bavaroise de la démocratie chrétienne au pouvoir, s’est la première fait le chantre d’une lutte sans pitié contre la «criminalité des étrangers». Une position que la CDU d’Helmut Kohl nuance, mais approuve, et que le parti social-démocrate rival (SPD) a copiée au fil des mois. Sur une affiche électorale, la CDU s’élève contre «l’abus du droit d’asile et les réfugiés économiques», faisant ressortir dans le texte le mot «étranger». Une autre montre un policier souriant sous le slogan : «Voter CDU pour la sécurité», reprenant un plaidoyer du...