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Actualités - Chronologie

Croisade italienne désordonnée contre la prostitution

Ici, on verbalise les clients; là, on envisage de rouvrir les maisons closes; ailleurs, on nettoie les quartiers chauds: la croisade des municipalités italiennes contre la prostitution laisse sceptiques les associations qui réclament une politique globale de prévention. En l’absence d’une législation sur la prostitution, plusieurs villes italiennes ont recours depuis quelques mois aux amendes pour enrayer le phénomène, mais les tarifs et les interprétations des arrêtés varient d’une municipalité à l’autre, aboutissant parfois à des situations ubuesques. Ainsi, en septembre, la commune de Sesto San Giovanni, près de Milan (nord), a estimé que le fait de raccompagner une prostituée sur son «lieu de travail» pouvait être assimilé à de la complicité de proxénétisme, et le client est passible d’une peine de 2 à 6 ans de prison. Dans d’autres villes comme Milan ou Bologne (nord), les adeptes des amours tarifées sont passibles d’amendes allant jusqu’à 900.000 lires (500 dollars) pour entrave à la circulation, mais les «luciole» (nom donné aux prostituées italiennes) sont elles aussi verbalisées pour attentat à la pudeur ou tenue indécente. Plusieurs associations se sont élevées contre ces mesures «grotesques» et «inefficaces», en réclamant une politique d’aide aux prostituées, et surtout des mesures de prévention contre un phénomène intimement lié à l’immigration clandestine. Sur les quelque 50.000 «luciole» recensées en Italie, plus de la moitié sont d’origine étrangère, dont près de 60% de Nigérianes, et environ 25% d’Europe de l’Est. «L’immense majorité de ces filles sont contraintes de se prostituer, elles tombent entre les mains de réseaux qui les massacrent, qui les terrorisent», souligne Emmanuela Moroli, responsable de l’association Differenza Dona, qui s’occupe notamment des jeunes prostituées d’Europe de l’Est. «L’urgence absolue, c’est de les empêcher de faire le voyage en Italie, de les prévenir de ce qui les attend ici», insiste-t-elle, en plaidant pour une vaste campagne de prévention à la télévision italienne, largement reçue par exemple en Albanie. D’autres associations comme Caritas, qui a lancé une enquête sur les aspects sociaux et sanitaires de la prostitution, réclament une structure nationale d’intervention, déplorant que la question de la réinsertion soit laissée à «la fantaisie» de chaque municipalité. De fait, en matière de prostitution, les politiques sociales menées par des villes apparaissent aussi disparates que les politiques de répression: distribution de tracts d’information aux «luciole», propositions d’aide aux familles prêtes à «adopter» quelques jours une prostituée désireuse de sortir du circuit… «Nous devons sortir de cette logique selon laquelle chaque problème appelle une nouvelle loi», a récemment déclaré le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Giannicolo Sinisi, soulignant que le problème de la prostitution entrait dans le cadre beaucoup plus large de la lutte contre l’immigration clandestine, le racket et le crime organisé. (AFP)
Ici, on verbalise les clients; là, on envisage de rouvrir les maisons closes; ailleurs, on nettoie les quartiers chauds: la croisade des municipalités italiennes contre la prostitution laisse sceptiques les associations qui réclament une politique globale de prévention. En l’absence d’une législation sur la prostitution, plusieurs villes italiennes ont recours depuis quelques mois aux amendes pour enrayer le phénomène, mais les tarifs et les interprétations des arrêtés varient d’une municipalité à l’autre, aboutissant parfois à des situations ubuesques. Ainsi, en septembre, la commune de Sesto San Giovanni, près de Milan (nord), a estimé que le fait de raccompagner une prostituée sur son «lieu de travail» pouvait être assimilé à de la complicité de proxénétisme, et le client est passible d’une peine de 2...