Le président américain Bill Clinton a vu au fil des ans un de ses principaux succès de politique étrangère, le processus de paix au Proche-Orient, sombrer dans l’impasse, en partie par sa faute. L’administration Clinton a sous-estimé le changement de donne radical provoqué par l’élection en mai 1996 de Benjamin Netanyahu en remplacement de Yitzhak Rabin. Ayant enfin pris la mesure de l’intransigeance et de l’habileté du nouveau premier ministre israélien, elle a alterné attentisme, reculades et menaces non suivies d’effet. En mai 1997, Bill Clinton a par exemple convoqué un sommet Arafat-Netanyahu à Washington et mis M. Netanyahu en demeure d’y assister, avant d’annuler la rencontre. A partir de la fin de 1997, les Etats-Unis haussent le ton. Ils menacent de publier leurs propres propositions de règlement (un retrait militaire israélien de 13% de Cisjordanie) puis de mettre Israël en position d’accusé. Aucune de ces menaces n’a encore été mise à exécution. En désespoir de cause, ils brandissent l’arme absolue: la menace de se retirer du processus de paix si l’impasse persiste. En vain. Depuis, les responsables américains s’évertuent à répéter que «nous n’en sommes pas encore là». Cette stratégie chaotique n’a pas rallié M. Netanyahu. Elle a irrité les Palestiniens, qui se voyaient réclamer de nouvelles concessions par Washington chaque fois qu’Israël bloquait la négociation. Elle a aussi contribué à éroder le mince crédit des Etats-Unis dans le monde arabe. Les Américains «ont voulu faire plier Netanyahu, ils les a pris au mot et ils ont reculé», résume Robert Zoellick, ancien secrétaire d’Etat adjoint de George Bush. M. Netanyahu, qui connaît bien les Etats-Unis, s’est appuyé avec habileté sur la communauté juive américaine, pourtant pas unanime en sa faveur, et utilisé le poids politique de l’électorat juif. Tout avait pourtant bien commencé pour Bill Clinton. Le 13 septembre 1993, huit mois après son arrivée à la présidence, Yitzhak Rabin et Yasser Arafat se serrent la main sur la pelouse de la Maison-Blanche après avoir signé l’accord Oslo I. Le président devient un «faiseur de paix», une image qu’il peaufinera ensuite à propos de la Bosnie et de l’Irlande du Nord. L’accord Oslo II de septembre 1995, qui étend l’autonomie en Cisjordanie, est une nouvelle occasion pour Bill Clinton, parrain du processus de paix, d’accueillir les anciens ennemis à Washington. Tout bascule avec l’assassinat d’Yitzhak Rabin le 4 novembre 1995. Le président et ses principaux négociateurs, autour de Dennis Ross, avaient trouvé dans les travaillistes israéliens des partenaires fiables. Ils ont été pris de court par l’arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahu. La veille du scrutin, un des principaux collaborateurs de Dennis Ross misait toujours sur une victoire à l’arraché de Shimon Pérès. Deux ans et demi plus tard, Dennis Ross a de meilleures relations personnelles avec Yasser Arafat, qui ne manque jamais de lui téléphoner ou de lui écrire à l’occasion des fêtes juives, qu’avec Benjamin Netanyahu. Même après la troisième première visite de M. Netanyahu à Washington, certains responsables américains continuaient de prétendre que son opposition aux accords d’Oslo était purement tactique, un moyen de faire tenir une coalition gouvernementale fragile. Alors que son prédécesseur Warren Christopher avait pris 24 fois en quatre ans le chemin de Damas et de Jérusalem, le secrétaire d’Etat Madeleine Albright a attendu huit mois pour se rendre sur place, en septembre 1997. Sans expérience du Proche-Orient, elle en reviendra déçue et délaissera longtemps le dossier. Quand elle se résoudra à taper du poing sur la table, elle sera lâchée par la Maison-Blanche, qui a désormais l’œil braqué sur les prochaines élections législatives. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le président américain Bill Clinton a vu au fil des ans un de ses principaux succès de politique étrangère, le processus de paix au Proche-Orient, sombrer dans l’impasse, en partie par sa faute. L’administration Clinton a sous-estimé le changement de donne radical provoqué par l’élection en mai 1996 de Benjamin Netanyahu en remplacement de Yitzhak Rabin. Ayant enfin pris la mesure de l’intransigeance et de l’habileté du nouveau premier ministre israélien, elle a alterné attentisme, reculades et menaces non suivies d’effet. En mai 1997, Bill Clinton a par exemple convoqué un sommet Arafat-Netanyahu à Washington et mis M. Netanyahu en demeure d’y assister, avant d’annuler la rencontre. A partir de la fin de 1997, les Etats-Unis haussent le ton. Ils menacent de publier leurs propres propositions de règlement...