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Actualités - Chronologie

Russie La Douma met fin à l'ère Eltsine

La Douma russe, en approuvant formellement le gouvernement à orientation communiste qu’elle a elle-même imposé à un président affaibli, a remporté la première victoire de son histoire et mis fin brutalement à l’ère Eltsine. L’épreuve de force qui s’était engagée le 23 août après le limogeage du gouvernement aura pourtant ressemblé pendant deux semaines à tous ceux qui avaient opposé depuis près de quatre ans un président tout-puissant et une Chambre basse parlementaire forcée chaque fois, au dernier moment, de céder dans l’humiliation. Cette fois, c’est Boris Eltsine qui a perdu. Et qui a perdu, estimaient les analystes, non seulement une bataille, mais la guerre. Celui qu’on avait longtemps surnommé le tsar Boris n’est plus qu’un «homme faible», «mis sur la touche» et que «personne ne prend plus au sérieux», selon les journaux. Le quotidien libéral «Sevodnia» a estimé que «les communistes ont mis fin au régime Eltsine, (qui), tranquillement et sans résistance, a cessé d’exister». «Evgueni Primakov a été mis en place pour remplir une fonction purement politique et préparer un départ plus ou moins civilisé de Boris Eltsine de la scène, et une élection présidentielle (sans doute anticipée) à laquelle il ne participera pas», estime Andreï Piontkovski, directeur d’un centre d’études stratégiques moscovite. La défaite d’un symbole Si la mauvaise santé du président est une raison principale de sa défaite, celle-ci pourrait en revanche aller bien au-delà du simple sort de l’homme Boris Eltsine. Elle est aussi la défaite de celui qui symbolisait la démocratie en 1991 face aux putschistes de la vieille garde soviétique, et qui se voit aujourd’hui imposer un gouvernement dont la politique économique semble devoir être dirigée par l’ancien directeur de la planification d’Etat soviétique (Gosplan), nommé numéro deux du gouvernement. «Les anciens sont revenus au pouvoir: l’ancien chef du Gosplan, l’ancien chef de la Gosbank» (Banque centrale soviétique), commente le journal d’affaires «Kommersant». C’est la défaite du Boris Eltsine d’octobre 1993, qui, après deux ans de crise institutionnelle permanente, dissolvait à coups de canon l’ancien Parlement hérité de l’ère soviétique et imposait par la force une Constitution ultra-présidentielle, créant cette Douma aux pouvoirs quasi inexistants qui pourtant triomphe aujourd’hui. «Aujourd’hui, nous ne vivons plus dans une république présidentielle, mais dans une république parlementaire dominée par les communistes», estime Andreï Piontkovski. C’est, enfin, la défaite du Boris Eltsine, symbole de la Russie ultra-capitaliste et dans lequel l’Occident aura vu jusqu’au bout le garant des réformes. Ces réformes qui, malgré les assurances de «poursuite» données à l’envi depuis deux jours par M. Primakov, vont manifestement connaître pour le moins un changement d’orientation majeur. Un mal nécessaire Si toutefois tous les analystes sont d’accord sur la défaite totale de Boris Eltsine, ils sont loin d’être unanimes à y voir forcément un mal pour la Russie. Certains sont très pessimistes, comme M. Piontkovski, qui prévoit un retour à «l’hyperinflation et tout ce qui s’ensuit» ressemblant «aux années 1990-91», et un scénario «à la bulgare», l’exemple parmi les pays d’Europe de l’Est d’une transition ratée. D’autres le sont nettement moins. La présence dans beaucoup de régions et d’entreprises des anciens dirigeants de l’ère soviétique, ajoutée à la difficulté de changer les mentalités, fait «que la société russe ne peut de toute façon changer que très lentement. (Le nouveau gouvernement présente) l’avantage de la stabilité, on reste dans un système qu’on connaît, et ça vaut souvent mieux, surtout maintenant. Les gens sont fatigués des réformes», estime Nikolaï Petrov, politologue de l’Institut Carnegie à Moscou. (AFP)
La Douma russe, en approuvant formellement le gouvernement à orientation communiste qu’elle a elle-même imposé à un président affaibli, a remporté la première victoire de son histoire et mis fin brutalement à l’ère Eltsine. L’épreuve de force qui s’était engagée le 23 août après le limogeage du gouvernement aura pourtant ressemblé pendant deux semaines à tous ceux qui avaient opposé depuis près de quatre ans un président tout-puissant et une Chambre basse parlementaire forcée chaque fois, au dernier moment, de céder dans l’humiliation. Cette fois, c’est Boris Eltsine qui a perdu. Et qui a perdu, estimaient les analystes, non seulement une bataille, mais la guerre. Celui qu’on avait longtemps surnommé le tsar Boris n’est plus qu’un «homme faible», «mis sur la touche» et que «personne ne prend...