L’Amérique traumatisée cherchait à reprendre son souffle samedi après la publication du rapport sur l’affaire Lewinsky, la Maison-Blanche poursuivant une vigoureuse contre-attaque pour éviter que l’opinion publique ne se retourne contre son président Bill Clinton, désormais menacé de destitution. La Maison-Blanche s’est délibérément placée sur le terrain politique en adressant samedi un nouveau document au Congrès réfutant point par point les allégations du rapport du procureur indépendant Kenneth Starr dans l’affaire Lewinsky. «Le président n’a pas commis de parjure, ni d’entraves à la justice. Il n’a pas suborné de témoins et il n’a pas abusé les pouvoirs de sa fonction», ont conclu les avocats de M. Clinton en accusant Kenneth Starr et son équipe de vouloir affaiblir M. Clinton. Le rapport de M. Starr, qui a été diffusé vendredi sur Internet et publié dans son intégralité samedi par une grande partie de la presse écrite américaine, recommande l’ouverture d’une procédure de destitution contre M. Clinton en retenant onze griefs principaux. Pour les avocats de M. Clinton, aucun des faits reprochés au président «ne pourrait subir même de loin le test constitutionnel de la destitution» tel qu’il est défini dans la fameuse formule des pères fondateurs: «trahison, corruption ou autres activités criminelles et délictueuses». Samedi matin, dans son allocution radiodiffusée hebdomadaire, M. Clinton a reconnu que la semaine écoulée avait été «difficile et éprouvante», mais il a indiqué qu’il n’entendait pas démissionner. «Nous ne pouvons pas perdre de vue notre fonction première qui est d’œuvrer pour le peuple américain (…) et de nous préoccuper des problèmes pour lesquels le peuple américain nous a élu», a-t-il dit. Le président n’a pas évoqué davantage les menaces judiciaires qui pèsent contre lui, laissant cette tâche à ses avocats, qui ont poursuivi leur contre-attaque en reprenant des arguments qu’ils avaient déjà développés vendredi en réagissant à chaud au rapport Starr. «Le rapport (du procureur indépendant) est tellement rempli d’allégations explicites et scabreuses (…) et inutiles qu’une seule conclusion est possible: son principal objet est de porter atteinte au président», affirment-ils en soulignant que les quatre ans et demi d’enquête de M. Starr se résument essentiellement dans son rapport à «une affaire de sexe». «Le président, poursuivent-ils, a reconnu et présenté ses excuses pour avoir entretenu des relations sexuelles déplacées. Il n’y avait donc nul besoin de décrire cette liaison avec de vilains détails (…) Ils font simplement partie d’une campagne de calomnies et leur inclusion en dit long sur la tactique et les objectifs des services du procureur indépendant». Intitulé «réponse initiale au rapport du procureur indépendant», le nouveau document de 42 pages des avocats de M. Clinton a été établi par David Kendall et le conseiller juridique de la Maison-Blanche Charles Ruff et leurs collaborateurs qui ont passé une nuit blanche à décortiquer les accusations de Kenneth Starr. Leur document comporte onze chapitres, un pour chacun des principaux griefs énumérés par le rapport Starr, en affirmant chaque fois qu’ils manquent de «crédibilité». Au chapitre des relations sexuelles entre M. Clinton et Monica Lewinsky, qui vaut notamment à M. Clinton l’accusation de parjure, ses avocats continuent à offrir une défense entièrement sémantique. Ils affirment que le président était de bonne foi en niant sous serment avoir eu des relations sexuelles, la fellation n’entrant pas dans la définition étroite de l’acte sexuel retenue par ses conseillers juridiques. Selon le rapport Starr, entre le 15 novembre 1995 et le 29 mars 1997, Monica Lewinsky et Bill Clinton ont eu «dix rencontres sexuelles» aux cours desquelles elle s’était livrée à des fellations. (AFP)
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