Le Japon pleurait lundi son metteur en scène le plus célèbre, Akira Kurosawa, à qui le gouvernement compte décerner une haute distinction à titre posthume pour son rôle prédominant dans le rayonnement du cinéma japonais à travers le monde. Le premier ministre Keizo Obuchi a salué la mémoire de ce géant du cinéma mondial surnommé «l’empereur du cinéma japonais» qui s’est éteint à son domicile, expliquant qu’il avait lui-même découvert les joies du 7e art étant jeune grâce aux films de Kurosawa. Le chef du gouvernement a donné pour instruction que soit remis à titre posthume au cinéaste la «Médaille de l’honneur national», l’une des plus hautes distinctions japonaises, pour récompenser une œuvre cinématographique qui a fait de Kurosawa un grand maître incontesté pour des générations de metteurs en scène étrangers. «Son œuvre est chérie non seulement au Japon, mais également sur la scène internationale. Elle a relevé la renommée du cinéma japonais dans le monde et redonné confiance au Japon après sa défaite de la Seconde Guerre mondiale», a noté le porte-parole et secrétaire général du gouvernement, M. Hiromu Nonaka. Les médias japonais ont donné un écho exceptionnel à cette disparition tandis que de nombreux Japonais se sont rués sur les cassettes-vidéo de ses films disponibles dans les magasins de location de vidéos. Les principales chaînes de télévision japonaises ont bousculé leurs programmes pour retracer longuement la carrière de Kurosawa qui s’était taillé une renommée mondiale avec «Rashomon» (1950), «Les sept samouraïs» (1954) et «Kagemusha» (1980). Passion de jeunesse A l’exception d’un quotidien économique, tous les grands journaux japonais ont consacré leur «une» à la mort de Kurosawa en qui ils voient «un grand génie» du 7e art, un humaniste perfectionniste, le seul parmi les metteurs en scène japonais qui ait réussi à rafler tous les grands prix du cinéma mondial. La presse japonaise ne manque pas de relever les éloges vibrants à travers le monde, en particulier celui du président français Jacques Chirac qui a été l’un des premiers à s’exprimer. Par contraste, il a fallu attendre presque vingt-quatre heures avant qu’un homme d’Etat japonais ne s’exprime publiquement sur ce sujet. Kurosawa, pas toujours compris de ses pairs, a été tout au long de sa vie bien plus célébré et adulé dans le monde que dans son propre pays. Il laisse une œuvre de trente films tournés au cours d’un demi-siècle, pendant l’âge d’or du cinéma japonais. La «Médaille de l’honneur national» est une distinction créée en 1977. Elle n’a été remise qu’à 13 personnes jusqu’à présent, dont deux acteurs de cinéma, un chanteur, un joueur de baseball, mais jamais encore à un metteur en scène. Si les éloges ont été rares dans les milieux politiques japonais, de nombreuses personnalités de l’industrie du cinéma japonais ont fait part de leur émotion. «Il était pour moi un proche. Je souhaitais qu’il vive le plus longtemps possible. C’est un choc et une tragédie», a souligné Yoji Yamada, le metteur en scène de la célèbre série cinématographique japonaise «Tora-san». Les messages sont venus jusque des milieux sportifs japonais. «Je l’ai toujours beaucoup respecté. Je suis triste», a dit Shigeo Nagashima, l’entraîneur de la grande équipe de base-ball «Giants». Kurosawa, qui avait commencé sa carrière artistique par la peinture, était revenu a sa passion de jeunesse dans ses dernières années. Malade depuis plusieurs années, il ne sortait plus de sa maison à Tokyo.
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