Conte de fou tragique, comédie absurde, «Train de vie», de Radu Mihaileanu, est un film au registre osé qui évoque le nazisme à travers le rire car, dit le cinéaste français d’origine roumaine, «l’humour est un bouclier contre la barbarie». En 1941, dans un «shtel», un village juif d’Europe de l’Est, Schlomo le fou (Lionel Abelanski) arrive haletant et annonce que les Allemands déportent et exterminent les juifs. Et il propose une solution délirante: organiser un faux train de déportés pour gagner la Palestine. Les habitants commencent en secret les préparatifs: on achète de vieux wagons qui sont repeints, le tailleur fabrique de faux uniformes nazis, Mordechai (Rufus) rafraîchit son accent allemand pour jouer le rôle du commandant… Et un beau jour, le train s’ébranle, direction la Palestine, avec en mécano de la locomotive un fonctionnaire du ministère des Chemins de fer. Cette grande vadrouille est émaillée d’incidents cocasses et de conflits personnels: le convoi tombe sur de vrais SS, mais Mordehai paraît plus allemand que nature, les faux déportés se révoltent contre les «privilégiés nazis», des résistants essaient de saboter la voie pour libérer les «prisonniers», l’assistant du rabin, converti au communisme, organise le wagon en soviet… Et le train avance vers la frontière russe. Vont-ils réussir? Et si tout cela n’était qu’un rêve de fou? Dans une interview, le réalisateur — juif — explique qu’il a eu l’idée de cette comédie en voyant «The Schindler’s List» de Steven Spielberg. «J’avais envie de raconter cela, le shtel qui a disparu et avec lui toute une culture, mais sous un autre angle. J’appartiens à la deuxième génération qui n’a pas vécu cet enfer, l’extermination non seulement des juifs mais aussi des tziganes et des homosexuels». Allégorie et poésie «Je voulais donc en parler à ma manière, d’une manière allégorique et poétique, avec de l’humour entre les larmes. Je trouvais important de le traiter par le biais de la comédie, que ce ne soit pas un objet triste, ennuyeux, morne, répétitif», dit Radu Mihaileanu qui invoque, pour son deuxième long métrage, deux modèles: «Le Dictateur» de Chaplin et «To be or not to be» de Ernst Lubitsch «sachant que ces deux films ont été réalisés avant la fin de la guerre, alors que les réalisateurs ne connaissaient pas l’étendue de la Shoah». «La mort, on la combat avec la vie, le rêve et le rire. C’est ma réponse aux barbares. On ne peut pas les combattre par les mêmes armes, par la haine. Ils aimeraient bien qu’on pleure. On leur dit «non, vous ne nous avez pas anéantis, on est vivants, on chante, on danse, on rêve, sans oublier l’amertume, la larme derrière». C’est ce qui explique la fin de «Train de vie», l’image de Schlomo derrière les barbelés: «Je ne pouvais pas laisser un seul spectateur croire que cette histoire pouvait être vraie, affirme le réalisateur. Je ne peux pas falsifier l’histoire, en souvenir des 6 millions de morts. A cause des négationnistes, de Le Pen, je ne voulais pas qu’il n’y ait pas le moindre doute la dessus. Pour cette coproduction France-Belgique-Pays-Bas, Radu Mihaileanu a fait appel à des Belges, des Hollandais, des Roumains et deux Israéliens, dont un ancien déporté. «Train de vie» a été tourné en Roumanie où existent des voies non électrifiées, sans poteaux, ni antennes. Il a coûté 30 millions de francs. «En France, il en aurait coûté 120-130 millions». Radu Mihaileanu écrit uupar l’éditeur français Le Seuil sur le même sujet «qui n’est pas une novélisation». Agé de 40 ans, le réalisateur a été metteur en scène et acteur au théâtre yiddish de Bucarest. Il a quitté la Roumanie de Ceaucescu, sans espoir de retour, en 1980 pour Israël. A 22 ans, il est arrivé en France où il a étudié le cinéma avant de travailler comme assistant de Marco Ferreri, Jean-Pierre Mocky, Nicole Garcia etc. Le film est présenté à Venise en sélection officielle dans la section «Prospective». (AFP)
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