Si la crise russe fournit abondamment les journalistes en sujets, elle ne fait pas le bonheur des médias qui les emploient: ceux-ci sont aujourd’hui menacés d’asphyxie par l’effondrement du marché publicitaire. Le pouvoir russe, qui se vantait de la multitude de médias nés de la fin du communisme, et dont la majorité lui était acquise, risque aussi de perdre son principal soutien, en plein crise financière et politique. Chaînes de télévision, quotidiens ou magazines illustrés, les médias russes sont en train de réduire leurs effectifs, d’annuler les missions prévues, et de suspendre l’achat de programmes. La débâche financière a tari leur principale source de revenus, la publicité. Le groupe suisse Nestlé et la société de produits de beauté Oriflamme ont suspendu leurs contrats avec la chaîne publique ORT, la plus regardée en Russie, selon l’un de ses responsables Kirill Ignatiev. A Krasnoïarsk, en Sibérie, la chaîne régionale a vu les recettes publicitaires diminuer au moins de moitié. A Kislovodsk. (Caucase du Nord), 70% des agences publicitaires ont demandé la suspension des spots déjà payés, dans l’attente d’une amélioration de la situation, selon la revue spécialisée «Telescop». Certains experts affirment déjà que «le marché publicitaire s’est écroulé», d’autres prévoient une réduction d’un tiers. Le petit écran russe diffuse cependant toujours des publicités de produits étrangers, comme la nourriture pour les animaux, aux prix inabordables depuis l’écroulement du rouble. Il s’agit en réalité de contrats signés il y a plusieurs mois. Certains spots laissent perplexes, comme celui d’une banque russe, ces jours-ci au bord de la faillite, qui vantait la sécurité de ses dépôts pour trouver de nouveaux clients. Licenciements Les agences occidentales — 85% du marché publicitaire russe de la télévision — quittent en masse la Russie. «Elles ne veulent pas prendre de risques avec la situation actuelle, totalement imprévisible», explique le président de l’Association russe des agences publicitaires Vladimir Evstafiev, cité par «Telescop». Quant aux agences russes, elles attendent elles aussi des jours meilleurs. «Les Russes ne veulent plus de nos jus de fruit, ils se précipitent sur les produits de base, comme le sel et la farine», explique Mikhaïl Kozlov, porte-parole de la compagnie russe Winn-Bill-Dann, qui produit depuis six ans des jus de fruit et des produits laitiers. Winn-Bill-Dann vient de suspendre toute campagne publicitaire «en attendant que le consommateur se calme un peu», selon M. Kozlov. Conséquence, certaines chaînes de télévision ont d’ores et déjà décidé de réduire d’un tiers leurs effectifs et de ne plus payer les abonnements de bips et de portables de leurs collaborateurs, comme la chaîne TV-Centre de Moscou. D’autres, telle la télévision d’Etat RTR, examinent déjà la possibilité de réduire ses heures de diffusion si la crise persiste, selon «Telescop». La situation n’est pas meilleure pour la presse écrite dont les titres se sont multipliés depuis la fin de l’URSS. La compagnie française «Hermitage», représentant exclusif en Russie de marques de prestige comme Cartier et qui travaille notamment avec les versions russes des magazines «Cosmopolitain», «Elle», «Marie-Claire», «Vogue» — ce dernier sorti les premiers jours de la crise — a décidé de suspendre toute activité en Russie. De nombreuses marques de luxe révisent à la baisse leur budget publicitaire pour la Russie. Le lancement de la version russe de l’hebdomadaire français «Paris-Match» qui devait avoir lieu en septembre, a été repoussé «entre fin 1998 et début 1999». Seuls les hebdomadaires russes spécialisés «Argent» et «Pouvoir» ou le quotidien «Kommersant Daily» semblent profiter de la crise. «Nos lecteurs sont des hommes d’affaires qui ont besoin d’être constamment informés de la situation», explique Nina Korovina, directrice de la publicité du groupe Kommersant. A Saint-Pétersbourg, les tirages de «Kommersant Daily» ont augmenté de 50%. (AFP)
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