La rébellion contre le président Laurent-Désiré Kabila, partie de l’est du pays, est, en bien des points, la copie conforme de la rébellion déclenchée par Kabila en 1996-1997 à l’exception près que, cette fois-ci, les conquérants venus de l’est apparaissent indésirables. A Kalémié, ville du sud-est du pays tombée le 26 août aux mains de la rébellion, on redoute un génocide des banyamulenge si Kabila, qui accuse ces derniers d’avoir déclenché la rébellion, remporte la victoire. La population craint de plus une partition de facto de ce vaste pays d’Afrique centrale si la guerre civile devait s’achever sans vainqueurs ni vaincus. En 1996-97, Kalémié avait accueilli à bras ouvert les rebelles conduits par Kabila alors que les troupes du dictateur Mobutu Sese Seko s’enfuyaient sans combattre. Aujourd’hui, l’accueil des rebelles par la population de Kalémié, sur la rive ouest du lac Tanganyaka, n’a plus rien à voir. Ses habitants, qui affirment que leur vie avec Kabila est bien meilleure que sous les trente-deux ans de dictature de Mobutu, accusent les nouveaux rebelles de pillages et de viols. A Goma, le bastion de la rébellion, sur la frontière rwandaise, les habitants, même s’ils ont des réserves à émettre sur le pouvoir autoritaire de Kabila, n’hésitent pas à souligner qu’ils préfèrent encore son régime à celui des rebelles. A Kalémié, la majorité des officiers rebelles sont des tutsis, reconnaissables à leur silhouette élancée et leur nez aquilin, mais le gros de leur troupe est composé de Bantous et sont mieux armés que ceux conduits, à l’époque, par Kabila. Ils ont déployé une demi-douzaine de batteries antiaériennes à l’aéroport et plusieurs d’entre eux sont armés de mitraillettes israéliennes Uzi, de fusils d’assaut Kalachnikov et de grenades. Des pick-up, équipés de mitrailleuses lourdes, patrouillent les rues de la ville. Certains des rebelles, coiffés d’une casquette de baseball ou d’un petit drapeau américain noué sur la tête, ont des allures de «Rambo». Les hésitations de l’Angola qui, à l’instar du Zimbabwe et de la Namibie, a dépêché des troupes pour soutenir Kabila, à s’engager dans une poursuite des combats dans l’est, font redouter une éventuelle partition de facto du pays, les rebelles conservant les riches et fertiles zones minières de l’est, selon les observateurs. Comme au temps de la rébellion de Kabila, les rebelles laissent l’administration civile plus ou moins intacte dans les secteurs qu’ils contrôlent et organisent des séminaires idéologiques dans le but de rallier à eux les populations. Dans le cadre de l’un de ces séminaires, Lunda Bululu, ancien premier ministre de Mobutu devenu l’un des responsables politiques de la rébellion, a été vertement apostrophé par un auditoire qui reprochait aux rebelles d’avoir troublé la paix de leur région. Au temps de Kabila c’était les troupes loyales à Mobutu qui, dans leur fuite, se livraient au pillage et aux viols. Aujourd’hui, les habitants de Kalémié répondent à Bululu et accusent les rebelles de ces crimes. (AFP)
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