«La Flandre devient un Etat, ne ratez pas le bus»: les indépendantistes flamands, qui tentent par tous les moyens de faire éclater la Belgique, disposent désormais d’un site très bien fait sur l’Internet. Le Vlaamse Volksbeweging (VBB, Mouvement populaire flamand), n’a pas raté l’occasion qui lui était offerte de faire sa propagande (http: // www. vvb. org) sur le réseau des réseaux. Les 12.000 «marcheurs» du pèlerinage de l’Yser, la grand-messe des indépendantistes flamands qui s’est achevée dimanche, y trouveront une panoplie bien utile. Ils seront d’abord pris par les sentiments. La première page du site «Flandre indépendante» est en effet ornée d’un compteur électronique qui tourne à toute vitesse et où l’on peut voir le montant des transferts en provenance de la «vache à lait» flamande vers une Wallonie laminée par la crise de ses vieilles industries, le charbon et l’acier. Le 1er septembre, la coquette somme de 185 milliards de francs belges, près de 2% du Produit national brut (PNB) annuel de la Belgique en 1997, aurait été arrachée à leurs portefeuilles, soit près de 50.000 FB par an et par Flamand. Peu importe que les nombreuses études universitaires, notamment flamandes, consacrées aux transferts Nord-Sud attirent régulièrement l’attention sur le simplisme de ces calculs, l’argument commence à faire mouche en Flandre. «La Flandre est plus peuplée, donc gagne plus. En outre, elle dépense moins», a déclaré Ivan Mertens, responsable pour le VVB de la province d’Anvers. «Il faut aussi tenir compte de la tendance politique des communautés linguistiques. Depuis toujours, la Flandre est à majorité chrétienne-libérale, tandis que la Wallonie est de tendance socialiste. Or la philosophie socialiste veut que la population dépende du gouvernement alors que dans le Nord la population aurait plus tendance à le faire elle-même». Après avoir appris ce que lui coûtait la Belgique unie, le visiteur du site pourra faire son marché indépendantiste en achetant par exemple des autocollants dont les messages sont dénués de toute ambiguïté. «Amis wallons, divorçons!», «La Flandre devient un Etat, ne ratez pas le bus» ou un simple «VL» (pour Vlaanderen) à coller à l’arrière de la voiture en lieu et place du «B» sont ainsi disponibles pour la modique somme de 20 francs belges. La rubrique «activités» est de la même eau. Du pèlerinage de l’Yser à la visite des tranchées de la guerre 1914-1918, en passant par un colloque sur l’amnistie (des collaborateurs flamands avec le régime nazi), rien que des classiques. Les sujets débattus dans les «Praatcafé» (forums de discussion) sont également bien délimités. L’un d’eux s’intitule «Rode Duivels of Zwarte Leeuwen?» (Diables rouges ou Lions noirs) et pose la question de savoir s’il n’est pas temps de remplacer l’équipe nationale de football, qui a fait bien piètre figure lors de la dernière Coupe du monde, par une équipe flamande. Même si quelques visiteurs font entendre leur voix discordante, la plupart d’entre eux répond par l’affirmative en soulignant que, quand les Diables rouges alignaient de bons résultats, dans les années 1980, «c’était une équipe flamande». Le forum sur l’opportunité de scinder la justice en Belgique fait bien évidemment référence au pédophile Marc Dutroux, un Wallon qui est accusé de l’assassinat de quatre jeunes filles, dont deux Flamandes. Malgré tout, Ivan Mertens affirme n’avoir rien contre les Wallons, qui ne sortiront selon lui de l’ornière qu’en devenant indépendants: «Ils peuvent donc faire aussi bien que nous. Nous devons juste leur donner les bonnes armes». (Reuters)
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