Dans la tourmente qui agite les marchés financiers, les onze monnaies européennes qui vont se fondre dans l’euro d’ici quatre mois restent particulièrement stables entre elles, signe que les marchés n’ont aucun doute sur l’inéluctabilité de la monnaie unique. «Si l’on croit que la monnaie unique se fera, il n’y a pas de raison que les taux de changes européens soient touchés par la crise actuelle», remarque Bob Hayward, économiste pour la Bank of America à Londres. «Et, jusqu’à présent, cela n’a effectivement pas eu d’effet», ajoute-t-il Convaincus du lancement de l’union monétaire à la date prévue du 1er janvier 1999, les marchés n’ont également pas à s’interroger sur les taux qui seront appliqués pour convertir les monnaies actuelles en euro puisque ceux-ci ont été fixés en mai dernier. Les Quinze souhaitaient ainsi dissuader toute spéculation et semblent avoir atteint leur objectif. `Le comportement des monnaies scandinaves ces derniers jours offre une nouvelle preuve de l’opinion des marchés. Les couronnes suédoise et danoise, deux monnaies de l’Union européenne qui ne participeront pas au lancement de l’euro, ont fortement baissé à cause de la crise russe. En temps normal, elles auraient dû entraîner le mark finlandais d’autant plus que la Finlande entretient des liens commerciaux forts avec l’ex-URSS. Mais, stabilité dans la tourmente ne veut pas dire immunité face à la crise de confiance qui fait chuter les Bourses et de nombreuses monnaies. Affaibli par les événements de Russie en raison des engagements importants des banques allemandes dans ce pays, le mark s’est déprécié au cours des dernières semaines face aux valeurs-refuges que sont le franc suisse et la livre sterling, suivi en bloc par le reste des monnaies de l’euro. Yves Thibault de Silguy, commissaire européen chargé des questions monétaires, affirmait la semaine dernière que «l’euro constituait un bouclier protecteur qui nous a déjà protégés de la crise asiatique et qui nous protège de la crise du rouble». Le gouvernement français vient toutefois de réviser en baisse ses prévisions de croissance pour 1999 en raison des crises en Asie et en Russie. Cesar Molinas, chez Merrill Lynch, ne partage pas l’optimisme du commissaire européen: «Les conditions macro-économiques très favorables qui ont facilité la marche vers l’union monétaire vont disparaître progressivement». Toutefois, pour Kay Sinden, économiste pour la banque américaine Bankers Trust à Londres, «la seule conséquence (de la dégradation de l’environnement international) pour l’euro concernera le niveau auquel les taux d’intérêt européens convergeront». Strauss-Kahn: la solution est entre les mains des Russes Avec des perspectives de croissance révisées à la baisse, les banques centrales devraient ainsi se retrouver autour d’un taux à court terme inférieur à ce que l’on prévoyait jusqu’à présent, probablement 3,30%, estime-t-elle. Par ailleurs, les ministres des Finances des pays européens du G7 (France, Allemagne, Grande-Bretagne et Italie) ont écrit au premier ministre désigné de Russie Viktor Tchernomyrdine, a annoncé vendredi le ministre français Dominique Strauss-Kahn. «Moi-même et mes trois collègues européens du G7 avons écrit aujourd’hui même à M. Tchernomyrdine sur la façon dont on voyait les mesures qu’il faut prendre, a déclaré M. Strauss-Kahn, en marge d’un forum de la communication qui réunit les professionnels des médias à Hourtin (sud-ouest de la France). «Il est clair que la solution (à la crise) est entre les mains du gouvernement russe», a ajouté le ministre. «On voit bien que notre assistance financière est nécessaire mais qu’elle n’est pas suffisante, il faut que le gouvernement russe mette en œuvre des réformes fiscales notamment», a estimé le ministre français. «Il ne faut pas s’inquiéter outre mesure, mais le gouvernement russe doit prendre les mesures nécessaires», a-t-il ajouté. M. Strauss-Kahn avait déclaré la veille à Paris que la poursuite de l’aide à la Russie serait conditionnée par la mise en œuvre de réformes internes. Interrogé par des journalistes sur les baisses «historiques» de certaines places boursières jeudi et vendredi, M. Strauss-Kahn a répondu: «Il ne faut pas exagérer l’ampleur de ces baisses, elles ne sont pas directement en phase avec les fondamentaux de l’économie». «On a aussi enregistré des hausses historiques» ces derniers mois, a-t-il fait remarquer. «L’euro apparaît plus que jamais comme une zone de stabilité», a réaffirmé le ministre. Theo Waigel pour des réformes fiscales Le ministre allemand des Finances, Theo Waigel, a estimé vendredi qu’il revenait à la Russie de résoudre sa crise politique et économique et a exhorté Moscou a mettre en œuvre d’importantes réformes structurelles pour renflouer les finances du gouvernement. «L’Allemagne joue un rôle actif dans la coordination de la réponse internationale à la crise russe», a-t-il affirmé lors d’un congrès de son parti de la CSU. «La Russie doit, comme tout autre pays, coopérer étroitement avec les établissements financiers internationaux, mais elle doit résoudre ses propres problèmes», a précisé le ministre. «Dans cette situation, l’Allemagne doit jouer un rôle actif dans la coopération internationale. Nous le faisons, avec nos partenaires européens, en particulier concernant la situation en Russie», a-t-il ajouté. «Je pense qu’il est bon et juste... qu’ensemble nous appelions le nouveau premier ministre russe Viktor Tchernomyrdine à des réformes structurelles et à l’application du programme du FMI pour ramener la confiance sur les marchés financiers et créer les conditions de croissance», a poursuivi Theo Waigel. La Russie doit également réformer son système fiscal pour apporter au gouvernement une assise financière stable, a-t-il recommandé. (AFP)
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