Le président russe Boris Eltsine s’est déclaré «indigné» vendredi après les frappes américaines au Soudan et en Afghanistan, qui ont suscité l’approbation en Occident et des condamnations au Proche-Orient. Le secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, s’est déclaré «préoccupé» tout en condamnant «le terrorisme sous toutes ses formes», après ces représailles aux attentats anti-américains au Kenya et en Tanzanie qui ont fait 257 morts le 7 août. «Je suis indigné et je dénonce» ces frappes, a déclaré M. Eltsine: «Je ne savais pas que ces frappes allaient avoir lieu. Personne ne le savait, c’est d’autant plus incorrect. Il aurait fallu mener des pourparlers jusqu’au bout avec les Etats-Unis, engager (dans ces pourparlers) tous ceux qui pouvaient y prendre part, cela n’a pas été fait». Son porte-parole, Sergueï Iastrjembski, a expliqué: «Le président a été indigné par le fait qu’il n’a pas été informé (...) Le message de Bill Clinton est arrivé au Kremlin après la fin des opérations militaires». Il a ajouté: «Nous comprenons parfaitement l’amertume causée par les pertes que les Américains ont subies, notamment au Kenya». «Mais nous ne sommes pas toujours d’accord avec les moyens employés», a poursuivi le porte-parole. «Les frappes américaines cherchaient à intimider et n’ont pas apporté les résultats attendus». Soutien de Kohl et Blair Le chancelier allemand Helmut Kohl a exprimé son soutien aux frappes américaines. «Le gouvernement condamne avec détermination toute forme de terrorisme, on ne peut s’y opposer que par une action solidaire, conséquente et déterminée de tous les Etats», selon M. Kohl, ajoutant que «le gouvernement soutient donc toutes les mesures qui servent à combattre ce fléau». Pour Wolfgang Schuessel, chef de la diplomatie de l’Autriche, qui assure la présidence de l’UE, la lutte contre le terrorisme international «est une priorité politique» pour les Quinze. «Je pars de l’hypothèse que l’administration américaine a ordonné cette opération militaire contre des bases terroristes au Soudan et en Afghanistan sur la base de preuves convaincantes», a-t-il dit. Le premier ministre britannique Tony Blair soutient «avec force» les frappes américaines. «Les terroristes dans le monde entier doivent savoir que les gouvernements démocratiques agiront avec détermination pour prévenir des actes scélérats», selon lui. La France «prend acte» La France a indiqué avoir «pris acte» des raids américains, estimant «qu’il appartient à chaque Etat de mettre en œuvre les moyens nécessaires» dans la lutte antiterroriste. Le ministère des Affaires étrangères a souligné que les attentats de Nairobi et de Dar es-Salaam «ne devaient pas rester sans réponse». A Madrid, le ministre des Affaires étrangères, Abel Matutes, a déclaré que «tout pays a le droit de se défendre et de contre-attaquer», jugeant les représailles «logiques dans la mesure où effectivement il y a des preuves selon lesquelles ces deux pays (l’Afghanistan et le Soudan) ont participé à ses attentats meurtriers». Béchir veut saisir l’ONU Au Soudan, le chef de l’Etat Omar Béchir s’en est pris violemment à Bill Clinton et annoncé son intention de saisir l’ONU. L’Irak a exprimé sa «révolte» et s’est déclaré prêt à agir pour faire face à «l’arrogance américaine». Israël «félicite» En Israël, le ministre de la Défense, Yitzhak Mordehaï, a tenu à «féliciter les Etats-Unis, le président Clinton et le ministre de la Défense, William Cohen, pour leur décision et leur action courageuse contre les cibles terroristes». Le guide spirituel de l’organisation intégriste palestinienne Hamas, Ahmed Yassine, a parlé d’«agression contre le monde arabe et islamique tout entier». En Asie, des milieux islamiques au Pakistan et en Malaisie ont condamné les frappes, alors que les leaders musulmans en Indonésie évitaient de prendre partie. Le gouvernement portugais a déclaré jeudi soir «comprendre» les frappes américaines en Afghanistan et au Soudan, tout en soulignant qu’il n’en avait pas été informé au préalable. Le Japon «comprend» Le Japon «comprend» les frappes américaines au Soudan et en Afghanistan et a décidé de renforcer la protection des installations diplomatiques américaines. «Par crainte d’actions terroristes de représailles après l’action militaire américaine (...) nous devons renforcer la garde et la sécurité autour des installations américaines et prévenir tout incident», a indiqué le ministre des Affaires intérieures, M. Mamoru Nishida. «Notre pays est déterminé à prendre des actions résolues contre les horribles attaques terroristes au Kenya et en Tanzanie. Bien que nous soyons toujours en train de nous informer, je peux comprendre l’attitude résolue prise par les Etats-Unis contre les terroristes», a déclaré le premier ministre Keizo Obuchi, devant le comité du budget de la Chambre haute du Parlement auquel il participait vendredi. A Ankara, la réaction est arrivée du ministre d’Etat turc, Ahat Andican, qui a déclaré dans une interview publiée vendredi par le quotidien d’Istanbul «Zaman»: «Il faut stopper la progression militaire des Taliban dans le nord de l’Afghanistan, car cela menace l’intégrité territoriale du pays et la stabilité de l’Asie centrale». C’est la première fois qu’un ministre turc se prononce aussi clairement en faveur d’action contre les Taliban, notent les observateurs à Ankara. Le gouvernement turc soutient le général Ouzbek Abdul Rashid Dostam, qui a été chassé il y a une quinzaine de jours par les Taliban de son fief de Mazar-i-Sharif, dans le nord de l’Afghanistan. Cuba condamne les frappes «arrogantes» Cuba a condamné les frappes américaines qu’il a qualifiées d’«arrogantes» et susceptibles de produire un résultat contraire à l’objectif recherché. «Le président Bill Clinton n’a pas tenu compte de la souveraineté du Soudan et de l’Afghanistan et a ordonné un bombardement théâtral qui a occulté son récent scandale sexuel», écrit l’agence officielle Prensa Latina, qui exprime généralement l’opinion du Parti communiste cubain. «Mais ces attaques, sous prétexte de répondre au terrorisme, risquent de susciter davantage de violence au lieu de l’éliminer», ajoute-t-elle sous le titre: «L’arrogance ne tue pas le terrorisme, elle l’alimente». «Le recours arrogant de bases militaires de la région pour riposter aux attentats contre les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie risque de créer une réaction en chaîne», poursuit-t-elle.
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