Voici la chronologie des principaux événements de la crise financière russe, qui a donné lieu lundi à une refonte radicale de la politique des changes du pays: 23 mars 1998 — Le président Boris Eltsine révoque le premier ministre Victor Tchernomyrdine et son cabinet, jugeant trop peu dynamiques les réformes en cours. Il choisit comme chef de gouvernement le jeune ministre de l’Energie Sergueï Kirienko, quasi inconnu. Les marchés, déjà ébranlés par la crise asiatique et la baisse des prix pétroliers, marquent le pas et nombre d’investisseurs prennent leurs distances dans un climat politique incertain. 27 mars — Eltsine désigne officiellement Kirienko au poste de premier ministre et se dit résolu à dissoudre le Parlement si celui-ci n’approuve pas son choix. L’approbation parlementaire interviendra un mois plus tard. 29 avril-5 mai — Présentation d’un nouveau cabinet à dominante réformiste. Les marchés sont à la hausse durant cette période, mais les grands investisseurs restent sur la touche. 12 mai — Les mineurs manifestent contre des arriérés de salaires, bloquant les voies ferrées du Transsibérien. Les marchés des actions chutent, principalement sous l’effet d’une loi qui restreint les participations étrangères dans le géant de l’électricité UES. 13 mai — Les marchés russes reculent encore devant la dégradation de la situation en Asie, sur fond de violences en Indonésie et de problèmes économiques croissants au Japon. 26 mai — Eltsine signe un programme d’austérité visant à équilibrer le budget et à comprimer les dépenses. La Russie essuie un revers, aucun candidat ne faisant d’offre pour une prise de participation de 75% dans Rosneft, dernière grande firme pétrolière détenue par l’Etat. Le ministre des Finances annonce des réductions de dépenses de 10 milliards de dollars. 27 mai — La banque centrale triple son taux d’intérêt directeur en le portant à 150% après une flambée des rendements des bons du Trésor et une chute de la Bourse. 29 mai — Des hommes d’affaires russes influents s’engagent à soutenir Eltsine. Celui-ci nomme Boris Fiodorov à la direction du fisc. 4 juin — La banque centrale ramène son taux directeur de 150% à 60% sur fond de regain de confiance. 18 juin — Le FMI retarde le déblocage d’une tranche de 670 millions de dollars relevant de son prêt de 9,2 milliards de dollars à la Russie, en invoquant des obstacles — surtout fiscaux — à la mise en œuvre des réformes. 19 juin — Moscou réclame un crédit supplémentaire de 10 à 15 milliards de dollars au FMI et à d’autres bailleurs de fonds. 23 juin — Eltsine et Kirienko présentent un plan de sortie de crise constitué pour l’essentiel de mesures fiscales. Le président juge la crise «si aiguë qu’il en résulte des risques sociaux et politiques». Il engage la Douma (chambre basse) à adopter les mesures sans perdre de temps, et laisse entendre qu’une résistance de sa part entraînerait une riposte ferme. 25 juin — Le FMI approuve le déblocage de la tranche de 670 millions, mais l’initiative ne rassure pas et la Bourse chute à nouveau. 1er-2 juillet — Les liaisons ferroviaires à nouveau perturbées par les mineurs de Sibérie, qui exigent le paiement d’arriérés de salaires, la démission d’Eltsine et de son gouvernement. Ces incertitudes continuent de peser sur la Bourse. 13 juillet — Les bailleurs de fonds internationaux promettent 22,6 milliards de crédits supplémentaires en 1998 et 1999. Brève remontée du marché boursier. 15-17 juillet — La Douma d’Etat compromet le plan anticrise du gouvernement en approuvant des mesures qui, selon Kirienko, ne permettraient d’atteindre que le tiers des objectifs arrêtés. Le premier ministre déclare qu’on y remédiera par des décisions gouvernementales et des décrets présidentiels. 19 juillet — Eltsine oppose son veto à des réductions d’impôts et impose le quadruplement d’une taxe foncière après le rejet par la Douma de nombreux éléments du plan anticrise dont le gouvernement escomptait des recettes importantes. 20 juillet — Le FMI approuve sa part (11,2 milliards de dollars) des nouveaux prêts internationaux. Une première tranche de 4,8 milliards est débloquée. 29 juillet — Eltsine écourte des vacances pour regagner Moscou en évoquant des «affaires urgentes», ce qui fait courir le bruit d’un remaniement ministériel. Mais il ne remplace que le chef du service de la sécurité fédérale. 6 août — La Banque mondiale approuve un prêt d’ajustement structurel de 1,5 milliard de dollars en faveur de la Russie, dont 300 millions disponibles immédiatement. 10 août — Les mineurs lèvent leurs barrages après un accord temporaire avec le gouvernement. Mais les actions baissent et les rendements des bons du Trésor augmentent du fait des retraits opérés par les investisseurs qui redoutent une dévaluation et doutent de la gestion des finances publiques. 12 août — La banque centrale déclare le marché interbancaire quasiment paralysé par un manque de liquidités et une perte de confiance. Elle décide de limiter les achats opérés par les banques sur les marchés des changes et annonce l’intention d’intervenir pour empêcher une extension de la crise. 13 août — Le financier George Soros conseille au gouvernement russe de dévaluer le rouble et de créer un comité monétaire (currency board), en liant le rouble au dollar ou à l’euro. Un responsable de la banque centrale estime qu’une dévaluation ne réglerait pas la crise. Les actions tombent à leur plus bas niveau depuis plus de deux ans et les rendements des bons du Trésor à court terme montent tandis que les banques vendent leurs effets en roubles pour acheter du dollar. La banque centrale facilite l’accès des banques aux crédits au jour le jour. Kirienko estime que la situation économique ne justifie pas la baisse des marchés et assure que son gouvernement pourra remplir ses obligations. 14 août — Les actions rebondissent et le marché du crédit se stabilise après avoir plongé. Eltsine, en visite à Novgorod, exclut une dévaluation et exprime son soutien à Kirienko. Il n’a pas l’intention d’abréger ses vacances et engage le Parlement à tenir une réunion extraordinaire pour examiner les projets anticrise du gouvernement. L’important bloc communiste approuve l’appel d’Elstine à une session extraordinaire d’été centrée sur la crise. Mais certaines grandes banques ont des difficultés à honorer leurs engagements réciproques. Le dollar se raréfie dans la rue. 17 août — Le gouvernement et la Banque centrale russes annoncent une refonte de la politique de change devant permettre au rouble de flotter librement dans des banques de fluctuation élargies, accompagnée d’un moratoire de 90 jours sur le remboursement de sa dette extérieure et d’une limitation des investissements étrangers dans les instruments financiers en roubles. Kirienko assure que ces mesures n’équivalent pas à une dévaluation ou à un défaut de paiement, mais le taux de change du rouble s’effondre et les Russes forment des files d’attente pour tenter d’obtenir des dollars. (Reuters)
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