Accusée par le frère de Diana d’avoir «du sang sur les mains», la presse populaire britannique a tenté de limiter son intrusion dans la vie de la famille royale, en dépit de difficultés évidentes ces derniers temps à tenir ses vertueuses promesses. Dans un élan de remords qui lui permettait de se remettre au diapason de la nation, après avoir été vilipendée par le comte Spencer lors des funérailles, la puissante presse populaire (12 millions d’exemplaires quotidiens) a souscrit à un code de conduite promettant de mieux respecter la vie privée. Jurant qu’elle cesserait de traquer «les royaux» au téléobjectif, et de publier des photos des enfants sans l’assentiment de Buckingham Palace, elle s’est engagée à laisser les princes orphelins William et Harry poursuivre leurs études en paix. La trêve a duré dix mois avec une quasi-disparition des ragots sur la famille royale, dont les journaux avaient fait leurs choux gras des années durant. Jusqu’à ce que William fête son 16e anniversaire en juin dernier et que le «Mail on Sunday» révèle en une que la liste des possibles futures «fiancées» du prince était soumise à l’assentiment de Buckingham. Le prince protesta immédiatement auprès de la commission de surveillance de la presse, mais cette dernière n’a qu’un pouvoir d’admonestation et aucune loi ne protège la vie privée des individus en Grande-Bretagne. Pour ne pas être en reste, le «Sunday Mirror» publia alors les détails d’une petite fête que les princes avaient organisée pour leur père. Ces derniers répliquèrent dans un communiqué que la surprise qu’ils espéraient faire à Charles était «gâchée» et qu’ils en étaient «affectés». Mais c’est le plus puissant des tabloïds, le «Sun», qui put se targuer du «scoop royal» de l’année en annonçant la première rencontre de la maîtresse de Charles, Camilla Parker-Bowles, avec le prince William. Laisser les princes tranquilles Ayant tiré tous les fruits de ce coup d’éclat sur lequel il noircit pas moins de trois pages, le «Sun» avisa alors le reste des journaux qu’il fallait désormais laisser les princes tranquilles, proclamant qu’ils avaient besoin d’être «protégés» de l’intrusion des médias «comme tout autre famille». Ce qui n’empêcha pas le «News of the World» de tourner la difficulté en publiant à sa une une photo du prince Harry en train d’effectuer une descente en rappel sans casque ni corde de sécurité. Le journal expliqua qu’il n’avait fait qu’informer la nation des dangers que courait le prince. Mais ce dernier écart réveilla la polémique sur la protection de la vie privée. «S’attendre à ce que les médias adoptent une attitude décente est tout simplement ridicule», écrivit le «Times» en plaidant pour une nouvelle législation. Une hypothèse maintes fois évoquée, y compris par le gouvernement après la mort de Diana, mais jamais mise en pratique devant l’opposition résolue de la plupart de journaux populaires. Privés de Diana qui occupait leurs colonnes à longueur d’année, victime d’une érosion de leur tirage, les journaux populaires ont tenté de se consoler en se repaissant plus que jamais de la vie privée des citoyens ordinaires. Au printemps dernier, une adolescente de 14 ans a dû se réfugier au poste de police après que les journaux eurent fait le siège de la maison où elle habitait avec sa mère, Mary Bell. Cette dernière, qui avait tué deux enfants en 1968 alors qu’elle avait 11 ans et purgé sa peine depuis, avait accepté de collaborer à son autobiographie publiée cette année. L’enfant a appris par la presse que sa mère était une meurtrière. (AFP-Reuters)
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