L’Irak laisse les experts en désarmement de l’ONU poursuivre leurs missions de surveillance, après avoir annoncé mercredi la suspension de toute coopération avec eux. Les Etats-Unis jugent que le ton adopté par Bagdad est «de rhétorique politique». Kofi Annan soutient: «Je ne crois pas que nous aurons besoin de la force militaire». Et le Conseil de Sécurité, dont Washington attendait «une réponse énergique», a jugé «totalement inacceptable» le gel par Bagdad de la coopération avec l’UNSCOM. «Inacceptable» a été aussi un terme employé par Bill Clinton. On le voit: tout le monde joue la modération dans cette affaire — ce qui peut-être permet de présager une issue prochaine. A l’issue d’une réunion de quatre heures, les quinze membres du Conseil de Sécurité ont fait paraître un communiqué — lu par le Slovène Danile Turk — déclarant: «La décision (de Bagdad) est totalement inacceptable». En outre, selon le texte, «cela contredit les résolutions du Conseil sur cette question (la coopération avec les inspecteurs chargés du désarmement) et l’accord signé par le secrétaire général et le vice-premier ministre d’Iran en février de cette année. Le Conseil de Sécurité a également «appelé à une reprise rapide du dialogue entre l’UNSCOM, l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) et l’Irak». Avant la réunion, M. Richard Butler, chef de l’UNSCOM avait rendu compte de l’échec de sa mission. Le ton modéré du communiqué a été répercuté par le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan qui a déclaré ne pas croire que l’usage de la force serait nécessaire. Avant la réunion du Conseil, il avait jugé que «ce qui s’est passé n’est pas conforme» aux textes signés par M. Annan et Aziz, en février dernier. La modération était de mise aussi, dans la journée d’hier, à Washington. A la Maison-Blanche et au Pentagone, on fait valoir que le nouveau défi irakien n’est pas une surprise. «Nous avons déjà vu par le passé cette sorte de pétulance», a affirmé un porte-parole de la présidence, P.J. Crowley, ajoutant: «Ce que nous avons entendu (de la part de Bagdad), c’est de la rhétorique politique». Le calme américain s’explique en partie par la crainte d’un retour aux anciens clivages qui avait failli paralyser l’action de la communauté internationale lors de la précédente crise, entre novembre 1997 et février 1998. Ces clivages ont commencé à réapparaître au cours des dernières heures. Alors que la Grande-Bretagne soulignait, par la voix de Robin Cook, que le manque de coopération de l’Irak ne pouvait «que retarder le moment» de la levée des sanctions, la Russie suggérait que le chef de l’UNSCOM Richard Butler était en partie responsable du regain de tension. La France a pris une position plus modérée mais qui confirme implicitement que sa priorité est de lever rapidement les sanctions. «La commission spéciale et l’AIEA, qui ont déjà accompli la plus grande partie du programme de désarmement de l’Irak, doivent être en mesure d’achever leur mandat, dans le perspective d’une levée des sanctions et de la pleine réintégration de l’Irak dans la communauté internationale», a indiqué le ministère français des Affaires étrangères. «En signe de bonne volonté», les Irakiens ont autorisé la poursuite des missions de surveillance, «dans le respect de la souveraineté nationale». La nouvelle a été confirmée par le porte-parole de l’UNSCOM, Janet Sullivan, qui a indiqué que «la surveillance se poursuivait normalement», ajoutant n’être pas au courant d’un quelconque incident. L’Irak de son côté a démenti avoir empêché une équipe d’inspecteurs de remplir sa mission, comme l’ont rapporté des médias internationaux. «Cette information est dénuée de tout fondement», a déclaré un porte-parole du département national de surveillance irakien, contre-partie de l’UNSCOM, cité par l’agence officielle INA.
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