Les contorsions sémantiques de la presse américaine
le 07 août 1998 à 00h00
Euphémismes, allusions, mots couverts: la presse américaine se livre, depuis les derniers rebondissements de l’affaire Monica Lewinsky, à des contorsions sémantiques pour rapporter, sans les nommer, les détails les plus crus du scandale qui secoue la Maison-Blanche. Alors que l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche devait entamer jeudi une déposition cruciale devant le «grand jury» (Chambre d’accusation) à Washington sur sa liaison présumée avec le président Bill Clinton, les médias américains tentent d’entraîner le public dans le dédale des pièces à conviction, dont la robe tachée de sperme présidentiel selon Monica Lewinsky, actuellement en cours d’examen dans le laboratoire scientifique du FBI. Selon des confidences de la jeune femme enregistrées à son insu, la fameuse robe de cocktail bleue est bien tachée de sperme. «Je ne la laverai jamais», avait dit Monica Lewinsky, selon une transcription partielle de ses confidences publiée par l’hebdomadaire «Newsweek». Le mot «sperme», en dépit de l’analyse génétique en cours, n’a toutefois pas franchi les lèvres des présentateurs de télévision, qui préfèrent parler de «fluide corporel», «matériel génétique» ou d’ADN, ou encore d’«indices pouvant suggérer un contact sexuel». «Les médias ont choisi une approche très clinique et aussi peu explicite que possible des détails de l’affaire» tout en se livrant tout de même à une compétition effrénée dans la course à l’audimat, a déclaré Dan Amundson du Center for Media and Public Affairs, institut spécialisé dans la presse. «Ils essaient désespérément, ajoute-t-il, de faire la distinction entre la conduite personnelle du président et les affaires de l’Etat, mais leur tâche est vraiment difficile, ils doivent prendre des pincettes pour éviter un certain type de langage». Le pire est à venir Un responsable du magazine US News and World Report décrit pour sa part dans les colonnes du Washington Post la gêne d’une des journalistes de sa rédaction «qui s’est couvert le visage de ses mains tant elle avait honte» de lui raconter les derniers développements de l’affaire Lewinsky. Si les grandes chaînes de télévision américaine jouent les prudes aux heures de grande écoute, certains talk-shows à la radio et à la télévision rivalisent pour leur part en plaisanteries graveleuses et en parodies des conversations torrides supposées entre Monica Lewinsky et Bill Clinton. Mais le public américain «ne semble pas anxieux de connaître les détails de cette affaire et ne semble pas en avoir besoin pour porter un jugement sur Bill Clinton», estime M. Amundson, relevant que le président américain reste toujours très populaire dans les sondages. Les spécialistes estiment toutefois que le pire est encore à venir en termes de détails sordides lorsque les quelque 20 heures d’enregistrements entre Monica Lewinsky et son ancienne amie Linda Tripp seront inévitablement rendues publiques et vraisemblablement diffusées à la radio et à la télévision. En dépit de leur embarras déclaré, la majorité des journalistes américains s’accordent à estimer qu’ils doivent rendre compte des rebondissements de l’affaire Lewinsky, qui a plongé la présidence des Etats-Unis dans une crise sans précédent. Pour sa part, Bill Clinton doit témoigner sous serment le 17 août à la Maison-Blanche. (AFP)
Euphémismes, allusions, mots couverts: la presse américaine se livre, depuis les derniers rebondissements de l’affaire Monica Lewinsky, à des contorsions sémantiques pour rapporter, sans les nommer, les détails les plus crus du scandale qui secoue la Maison-Blanche. Alors que l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche devait entamer jeudi une déposition cruciale devant le «grand jury» (Chambre d’accusation) à Washington sur sa liaison présumée avec le président Bill Clinton, les médias américains tentent d’entraîner le public dans le dédale des pièces à conviction, dont la robe tachée de sperme présidentiel selon Monica Lewinsky, actuellement en cours d’examen dans le laboratoire scientifique du FBI. Selon des confidences de la jeune femme enregistrées à son insu, la fameuse robe de cocktail bleue est bien...
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