Le procureur indépendant Kenneth Starr vient d’entamer sa cinquième année d’enquête sur les différents scandales associés aux époux Clinton, des enquêtes qui ont déjà coûté quelque 40 millions de dollars au contribuable américain et conduit à treize condamnations. L’affaire Monica Lewinsky a fait de Starr le procureur le plus célèbre des Etats-Unis et probablement l’un des plus impopulaires, celui qui restera dans l’Histoire pour avoir contraint le président Bill Clinton à témoigner, le 17 août, comme suspect dans une enquête criminelle. M. Starr, magistrat pugnace et conservateur, avait initialement été nommé en 1994 pour succéder à un procureur enquêtant sur l’affaire Whitewater, une histoire d’investissement immobilier frauduleux dans l’Arkansas impliquant Bill Clinton, gouverneur de cet Etat du sud à l’époque des faits, et son épouse Hillary, alors avocate. M. Starr avait également hérité de l’enquête sur le suicide présumé de Vincent Foster, un avocat de la Maison-Blanche, en juillet 1993. Il concluera en octobre 1997 qu’il s’agissait bien d’un suicide. Son mandat avait été élargi le 22 mars 1996 pour enquêter aussi sur le «Travelgate», le licenciement sommaire par la Maison-Blanche en mai 1993 de sept employés du service des voyages. Trois mois plus tard, le 21 juin, il était également chargé d’enquêter sur le «Filegate», l’obtention frauduleuse par la Maison-Blanche des fiches confidentielles de police de quelque 900 républicains. En janvier, c’est lui qui a contacté l’Attorney General, Janet Reno, pour lui demander de pouvoir enquêter sur l’affaire Lewinsky, persuadé d’y découvrir un schéma identique à celui qu’il traque depuis 1994, fait d’obstruction de la justice et de subornation de témoins. «Tous les faits» En quatre ans, il n’a publié qu’un rapport, sur la mort de Vincent Foster, confirmant le suicide. Dans l’affaire Whitewater, il a fait inculper 19 personnes, obtenu 13 condamnations, dont celle de l’ancien gouverneur de l’Arkansas, Jim Guy Tucker, et de l’ancien numéro trois du département de la Justice, Webster Hubbell. L’un des condamnés, Jim McDougal, est mort en prison. Son ex-épouse, Susan McDougal, a passé plusieurs mois en prison pour refus de répondre aux questions de M. Starr. La Chambre de mise en accusation en charge de l’affaire a achevé ses travaux en avril, sans autre développement. Le «Filegate» et le «Travelgate», en dépit de «progrès substantiels» n’ont jamais abouti. M. Starr, 52 ans, qui n’est soumis à aucune limite de temps ou d’argent, n’en continue pas moins à traquer «les faits, tous les faits», son leitmotiv lors de ses rares discussions avec la presse. Actuellement, une soixantaine de personnes travaillent sous sa houlette, dont la moitié sont des juristes, avocats ou procureurs. Moins de 30% des Américains lui sont favorables, selon les sondages. Et 69% d’entre eux souhaitent qu’il arrête son enquête si M. Clinton reconnaît une liaison avec Monica Lewinsky, ancienne stagiaire de la Maison-Blanche. La semaine dernière, M. Starr, qui avait toujours continué à travailler parallèlement comme avocat très bien payé dans le privé, a annoncé qu’il y renonçait temporairement pour se consacrer entièrement à sa tâche de procureur. Au printemps, il avait également renoncé à un poste de doyen dans une université californienne. Sa ténacité a attisé le débat sur le rôle du procureur indépendant et ses pouvoirs: une loi avait créé cette fonction en 1978 pour éviter que le pouvoir politique ne fasse pression sur la justice en cas d’enquête sur un dirigeant de l’exécutif. La loi, dont la prolongation avait été signée en 1994 par M. Clinton, vient à expiration l’an prochain: il y a fort à parier que le Congrès et le président la réexamineront de près. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le procureur indépendant Kenneth Starr vient d’entamer sa cinquième année d’enquête sur les différents scandales associés aux époux Clinton, des enquêtes qui ont déjà coûté quelque 40 millions de dollars au contribuable américain et conduit à treize condamnations. L’affaire Monica Lewinsky a fait de Starr le procureur le plus célèbre des Etats-Unis et probablement l’un des plus impopulaires, celui qui restera dans l’Histoire pour avoir contraint le président Bill Clinton à témoigner, le 17 août, comme suspect dans une enquête criminelle. M. Starr, magistrat pugnace et conservateur, avait initialement été nommé en 1994 pour succéder à un procureur enquêtant sur l’affaire Whitewater, une histoire d’investissement immobilier frauduleux dans l’Arkansas impliquant Bill Clinton, gouverneur de cet...