Légalement en vente à partir d’octobre, la pilule Viagra fait déjà le bonheur des élites fêtardes de Moscou, qui se la procurent sans le moindre problème et en toute impunité au marché noir. Par encart publicitaire dans les journaux, sur Internet ou auprès des revendeurs en face du grand magasin le «Monde des enfants», les Moscovites ne manquent pas de lieux de ravitaillement pour ce médicament miracle contre l’impuissance masculine. En général authentiques, elles proviennent illégalement des Etats-Unis où la compagnie Pfizer les fabrique. Plus rarement fausses, elles sont transportées dans des valises depuis l’Inde et le Vietnam, a remarqué la police moscovite, qui avoue à demi-mot s’intéresser peu à ce trafic commencé il y a deux mois environ. En fait, le prix au marché noir du Viagra, 40 dollars l’unité, réserve ce produit aux plus riches de la société russe. «Mes amis qui aiment faire la fête en achètent très souvent, car leur rythme de vie ne correspond plus à leurs ambitions sexuelles», explique ainsi Irina une jeune et belle Moscovite qui côtoie ce milieu choisi. «Beaucoup en ont vraiment besoin», ajoute-t-elle d’un air entendu. Ces «nouveaux Russes» qui ont les moyens de s’offrir des nuits enflammées ne sont toutefois pas les seuls à souffrir de «petites déficiences». Pour rendre le Viagra accessible à tous ceux qui en ont besoin, ainsi que pour réguler une utilisation qui peut être «dangereuse», le ministère de la Santé a pris les devants et enregistré le médicament le 16 juillet dernier. Dès octobre, la Russie sera le cinquième pays après les Etats-Unis, le Canada, le Brésil et la Suisse où la pilule révolutionnaire sera en vente sur ordonnance dans les pharmacies, au prix de 12 dollars pour la dose moyenne de 50 mg. «Les pannes» des hommes Si le Viagra a fait un tabac depuis sa sortie en avril (25 millions d’exemplaires vendus), le succès n’est pas garanti en Russie, explique, prudent, le représentant de Pfizer à Moscou, Robert Marshall. «Nous ignorons si les Russes seront prêts à se soigner et si le prix (aligné sur celui des autres pays) ne sera pas trop élevé, les études de marché effectuées étant peu significatives», a relevé M. Marshall mardi. En tout état de cause, si on en croit les femmes et les médecins, l’impuissance reste un mal extrêmement répandu parmi la population masculine russe. Et selon les chiffres cités par le fabricant, le Viagra est un succès pour 78% des 3.500 hommes testés, âgés de 19 à 87 ans. «Je ne compte plus le nombre de mes patients qui avouent des défaillances plus ou moins fréquentes», explique Kirill, dont la spécialité de kinésithérapeute est a priori loin de ces questions. Peter Schpeler, urologue dans un institut moscovite, met ces problèmes sur le compte des «conditions de vie très difficiles» en Russie et surtout sur le goût immodéré de ses habitants pour l’alcool. Alors que l’impuissance touche en général 52% des hommes entre 40 et 70 ans, elle concerne en Russie une population beaucoup plus jeune. Selon M. Marshall, 14% des 35 ans connaissent déjà de sérieux problèmes. Un chiffre qui corrobore la théorie de Kirill, pour lequel «la grande majorité des divorces, très fréquents en Russie, est dûe aux pannes des hommes». «Ces pannes se font sentir dès trente ans, quand justement la femme connaît une certaine maturité sexuelle». Ioulia ne le démentirait pas, elle qui soupire quand on aborde la question. «Ne m’en parlez pas, ceux en forme sont bien plus rares que ceux à problèmes», raconte cette jolie blonde d’une trentaine d’années. «Ils ne veulent jamais reconnaître leur faiblesse et font comme si de rien n’était», ajoute-t-elle. Contente de voir le Viagra arriver en Russie, elle avoue malgré tout qu’elle n’osera jamais le proposer à ses orgueilleux partenaires. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Légalement en vente à partir d’octobre, la pilule Viagra fait déjà le bonheur des élites fêtardes de Moscou, qui se la procurent sans le moindre problème et en toute impunité au marché noir. Par encart publicitaire dans les journaux, sur Internet ou auprès des revendeurs en face du grand magasin le «Monde des enfants», les Moscovites ne manquent pas de lieux de ravitaillement pour ce médicament miracle contre l’impuissance masculine. En général authentiques, elles proviennent illégalement des Etats-Unis où la compagnie Pfizer les fabrique. Plus rarement fausses, elles sont transportées dans des valises depuis l’Inde et le Vietnam, a remarqué la police moscovite, qui avoue à demi-mot s’intéresser peu à ce trafic commencé il y a deux mois environ. En fait, le prix au marché noir du Viagra, 40 dollars...