Métiers d’un temps, métiers d’été, aussi éphémères que la belle saison... Les marchands de bouées, de pastèques, de casquettes, tout comme les maîtres-nageurs ne font leur apparition qu’avec celle du soleil. D’où sortent-ils ? Que font-ils le reste de l’année? Contrairement à son «voisin» qui refuse, le regard mauvais, toute discussion, Abdallah, la cinquantaine, répond volontiers aux questions qu’on lui pose. Lorsqu’il fait soleil, il étale sa marchandise sur le capot et sur le toit de sa voiture qui, toutes portes ouvertes, se transforme en étalage, sur le bord de l’autoroute, tronçon Dbayé-Nahr el-Kalb. Bouées et flotteurs de toutes sortes, serviettes, seaux et pelles, ballons, casquettes et chapeaux de paille...les articles sont quotidiennement suspendus ou accrochés pour attirer la clientèle. «Des enfants essentiellement», indique-t-il. «Ils sont surtout fascinés par les couleurs et les formes des bouées et les parents ne savent souvent pas dire non». Les affaires marchent donc bien pour Abdallah. «Grâce à Dieu», dit-il. «Tant qu’il fait beau et plus il fait chaud»... Et l’hiver ? «Je change de marchandise et de point de vente», répond-il. «Je promène ma quincaillerie sur un chariot, dans Beyrouth. Des balais, des seaux, des serpillières, des ustensiles de cuisine...». Pastèques «Aassékkiin ya battikh». Rouges les pastèques, saignées au couteau. Depuis plusieurs années, Amine, 40 ans, travaille l’été pour le même employeur, un propriétaire de terrain dans le sud. «Lorsqu’arrive la saison de ces fruits-là, il fait appel à moi pour que je les lui vende. Ce sont les meilleures pastèques du pays, elles viennent d’Adloun», lance-t-il. «Pas une n’est rose de l’intérieur, elles sont toutes lie-de-vin et sucrées à souhait». Chaque matin, Amine transporte les pastèques dans une camionnette qu’il gare à un endroit assez fréquenté. «Je peux rester une semaine dans une même région ou en changer chaque jour, cela dépend des clients», dit-il. Les inconvénients? «Reconstruire tous les matins des pyramides de pastèques, puis les défaire le soir», répond-il. «Cela pèse lourd et il fait parfois tellement chaud qu’on ne se supporte pas soi-même. Par ailleurs, le bruit des voitures est assourdissant, sans parler de la poussière qu’elles soulèvent...». Marchand des quatre-saisons, Amine change d’étalage comme on change de...garde-robe. Les fruits et les légumes, ça le connaît! Sports Parachute, planche-à-voile, ski-nautique, banane ou jet-ski... l’été est la saison préférée des sportifs qui n’ont pas peur de se mouiller. Quant aux «organisateurs» de ces échappées nautiques, ils affirment s’en donner à coeur joie. Été comme hiver, puisque la plupart des moniteurs passent aussi un hiver mouvementé. Sur la neige. «Ces sports sont très appréciés des jeunes», affirme Karim, propriétaire d’un club nautique, «surtout ceux qui vivent à l’étranger et qui sont là pour les vacances». Petit problème: ces activités sont coûteuses. «Toutefois, nous prévoyons des formules et essayons toujours de faire des offres intéressantes», indique-il. Les inconvénients du métier ? «L’entretien du matériel et la trop longue exposition au soleil», dit-il. «On a beau se couvrir la tête et porter un T.shirt, on se sent parfois complètement desséché et le moindre rayon devient alors insupportable». Mais pour le bronzage et côté teint, les moniteurs n’ont rien à envier... Un autre qu’on ne conçoit que bronzé, qu’on imagine dragueur, un peu frimeur et musclé: le maître-nageur. Ce gardien des complexes balnéaires veille. Le sifflet autour du cou, il surveille attentivement les barboteurs insouciants. Ahmed, 21 ans, a longtemps vécu au Canada. «Là- bas, le sport que je préférais était la natation. C’est ainsi que m’est venue l’idée de devenir maître-nageur», dit-il. Installé aujourd’hui au Liban, il poursuit ses études l’hiver et passe l’été au bord d’une piscine. «Pour un boulot saisonnier, c’est intéressant», ajoute-t-il. «La preuve est que de plus en plus de jeunes de 20 à 25 ans le font. Personnellement, je touche 600 dollars par mois. De plus, chaque séance d’entraînement ou cours de natation de 40 à 50 minutes me rapporte 10 $». Vigilance Il souligne toutefois un détail de taille: «Je travaille six jours sur sept, pendant cinq mois, à raison de neuf heures d’affilée par jour, ce qui est fatigant et absurde», note-t-il. «A l’étranger, les séances de surveillance ne vont jamais au-delà de trois heures, car l’attention se relâche automatiquement lorsqu’on dépasse ce seuil. Il est humainement impossible de rester aussi efficace et vigilant au bout de neuf heures de service», conclut-il. Pour être maître-nageur, «il faut avoir bonne santé et être patient», souligne Roni, un autre étudiant, qui a choisi ce métier «par amour de l’aventure et du suspense (!)». Il surveille une piscine pour enfants. «Il faut aussi avoir suivi une formation de sauvetage et une autre de secourisme, car on fait appel à nous pour toute sorte de maux», ajoute-t-il. Mal de tête, chute de tension, vertige, petits et grands bobos... Ce qui le dérange «ce sont les cris des petits ainsi que les altercations, parfois, avec les parents. Car il y a des enfants qui sont violents, qui jouent à des jeux dangereux, et je suis obligé de les gronder ou d’intervenir». A-t-il lui-même le temps de nager ? «Oui, je m’arrange toujours», répond-il. Et d’ajouter que «c’est un boulot qui me plaît et que je pourrai éventuellement garder l’hiver; surveiller une piscine chauffée...». Michel a pour sa part 14 années d’expérience. L’hiver, il seconde son frère dans un commerce de voitures. «J’aime la mer et je pratique la plongée et la pêche sous-marine», dit-il. «Je le fais très tôt le matin pour pouvoir être à mon poste dès que les premiers nageurs arrivent». Y a-t-il de nombreux incidents ? «Oui, chaque jour», affirme-t-il, «mais il sont rarement graves, heureusement. N’empêche, il n’est pas question de surveiller d’un œil, en faisant la causette avec un ami ou en lisant un livre, parce qu’un accident ne prévient pas». Ne s’ennuie-t-il pas ? «Pas vraiment», dit-il. «Observer les gens est plus amusant qu’on ne le pense. Et puis je peux brancher ma radio... La seule chose que je regrette est de n’avoir pas assez de repos. Une pause-déjeuner de 20 minutes par jour, c’est peu». En conclusion, la vie est plutôt belle sous le soleil, farniente ou pas...
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