L’accord d’association entre la Tunisie et l’Union européenne, qui doit mener la Tunisie à une complète libéralisation économique d’ici 2008, est entré en vigueur dimanche. Ce traité de libre échange, qualifié d’«historique» lors de sa signature le 17 juillet 1995, est en effet en application le 1er mars, soit un mois et un jour après sa ratification par la Belgique, dernier des quinze pays européens à avoir paraphé le texte. Cet accord sera le premier de ce genre à fonctionner dans la zone euro-méditerranéenne. Pour la Tunisie, pays émergent sans grandes ressources naturelles, spécialisé dans les industries manufacturières et les services depuis son indépendance en 1956, mais dont le revenu par tête d’habitant (plus de 2.000 dollars) est l’un des plus élevés d’Afrique, l’accord vise à préserver la compétitivité intérieure et extérieure de son économie. Il se traduit essentiellement par la suppression progressive des barrières douanières et la mise en œuvre d’un gigantesque programme de modernisation du tissu industriel du pays afin de lutter contre la concurrence étrangère et d’affronter la mondialisation de l’économie. Cette opération, qualifiée de «mise à niveau», est financée conjointement par l’Etat tunisien, l’Union européenne et la Banque mondiale. Elle doit être étalée sur douze sans avec une clause suspensive en cas de difficultés. Les Tunisiens n’ont cependant pas attendu l’entrée en vigueur officielle de l’accord pour commencer leur «mise à niveau», dont la première phase doit revenir à environ 2,5 milliards de dinars (autant de dollars), selon certaines estimations. Selon le ministre tunisien de l’Industrie Moncef Ben Abdallah, 209 des 516 entreprises ayant adhéré au programme avaient été agréées début 98 par l’instance compétente, le «Comité de pilotage», et 540 millions de dinars ont déjà été consacrés à cette mise à niveau. Au total, 4.000 entreprises sont concernées dans les secteurs les plus menacés par la mondialisation de l’économie. L’industrie du textile, qui représente, avec environ 12 milliards de dollars de rentrées en devises, les trois quarts des exportations de biens du pays et plus de 50% des entreprises tunisiennes, arrive en tête, suivie par l’agroalimentaire et les matériaux de construction. Chaque entreprise est d’abord soumise à un diagnostic (technique, ressources humaines et financières, management...). Selon M. Ben Abdallah, 38 bureaux d’étude ont participé à l’établissement de ces diagnostics depuis 1995, et sept centres assurent l’assistance technique. Ces opérations sont financées par deux fonds d’Etat spéciaux, le FOPROMAT (Fonds de promotion et de maîtrise de technologie) et le FODEC (Fonds pour le développement de la compétitivité industrielle).Une fois l’accord des banques obtenu, les entreprises présentent leur dernier «examen» devant le «Comité de pilotage». Les milieux industriels de Tunisie craignent cependant que la mise à niveau entraîne la disparition de nombreuses entreprises et une hausse du chômage (entre 15 et 17% de la population active). Les autorités rétorquent que ces éventuelles fermetures ne menacent que les petites sociétés à faible valeur ajoutée, et estiment que la mise à niveau dans les secteurs porteurs permettra la création de nouvelles entreprises et compensera le manque à gagner consécutif à l’abolition des barrières douanières. Le textile est ainsi appelé à se spécialiser dans le haut de gamme pour lutter contre la concurrence des pays asiatiques. D’autres secteurs émergents font preuve d’un dynamisme particulier, ceux des composants électroniques, du cuir et de la chaussure, ou encore de l’industrie chimique et pharmaceutique. Enfin, la réussite de cette mise à niveau passe par la relance des investissements industriels amorcée en 1995 et par la privatisation des entreprises étatiques, indique-t-on encore en haut lieu. (AFP)
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