En 1988, Mohamed Fadel Hussein a offert trois luths au président irakien Saddam Hussein, lequel l’a remercié en lui faisant cadeau d’autant de rutilantes voitures et d’«énormes quantités» de bois spécialement importé d’Inde. «J’ai dû vendre les voitures quelques années plus tard pour des raisons financières, car depuis la mise en place de l’embargo, les affaires ne cessent de péricliter», affirme le luthier, aujourd’hui âgé de 88 ans. «Mais il me reste encore du bois d’Inde que j’utilise pour fabriquer des luths sur commande», assure-t-il. Petit, édenté, moustache blanche et visage couvert de rides, Mohamed Fadel Hussein affirme être «le meilleur luthier du monde». Des photos de sa rencontre avec le chef d’Etat irakien sont accrochées à l’entrée de son vétuste atelier dans le centre de Bagdad. On le voit debout, tout sourire, tendant un luth à Saddam Hussein vêtu d’une tenue militaire vert olive. «Ces luths étaient couverts de diamants et en partie plaqués or», précise-t-il. «A tout seigneur tout honneur». Une autre grande photo, qui le montre recevant une distinction des mains de l’ancien ministre de la Culture Latif Nssayef Jassem, trône également en bonne place. «Je suis l’artiste le plus distingué en Irak», souligne l’artisan. Depuis qu’il a ouvert son atelier en 1932, M. Fadel Hussein a fabriqué 6.162 luths. Parmi ses clients, il cite entre autres le célèbre chanteur égyptien Mohammed Abdel Wahab, le druze syrien Farid al-Atrache ou le Libanais Wadih al-Safi. Les affaires vont mal Avant l’embargo, «on venait même du Koweit acheter des luths chez moi», dit-il fièrement. Il y a sept ans, les troupes irakiennes se sont retirées du Koweit après sept mois d’occupation, à la suite d’une intervention militaire conduite par les Etats-Unis. Les Irakiens vivent depuis sous un embargo multiforme d’une sévérité sans précédent, imposé par les Nations Unies. «On arrive à exporter quelques instruments avec l’aide du ministère de la Culture, mais les affaires vont très mal», indique le fils aîné de M. Hussein, Faleh, 52 ans, qui travaille avec son père. Les prix des luths varient entre 100 et 300 dollars, selon les matériaux utilisés, note le fils. «Les cordes, importées d’Allemagne et d’Autriche, coûtaient un dinar l’unité en 1990. Aujourd’hui, quand on arrive à en exporter, il faut dépenser 15.000 dinars l’unité», déplore-t-il. La monnaie irakienne, qui s’échangeait pour trois dollars en 1990, n’a cessé de s’effondrer depuis l’entrée en vigueur des sanctions et le billet vert vaut aujourd’hui 1.500 dinars. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats En 1988, Mohamed Fadel Hussein a offert trois luths au président irakien Saddam Hussein, lequel l’a remercié en lui faisant cadeau d’autant de rutilantes voitures et d’«énormes quantités» de bois spécialement importé d’Inde. «J’ai dû vendre les voitures quelques années plus tard pour des raisons financières, car depuis la mise en place de l’embargo, les affaires ne cessent de péricliter», affirme le luthier, aujourd’hui âgé de 88 ans. «Mais il me reste encore du bois d’Inde que j’utilise pour fabriquer des luths sur commande», assure-t-il. Petit, édenté, moustache blanche et visage couvert de rides, Mohamed Fadel Hussein affirme être «le meilleur luthier du monde». Des photos de sa rencontre avec le chef d’Etat irakien sont accrochées à l’entrée de son vétuste atelier dans le centre de...