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Actualités - Chronologie

Vietnam : les prostituées aux champs

Certaines femmes qui cultivent le manioc, le thé ou font de l’élevage dans les paisibles collines de Ba Vi ont une histoire particulière: ce sont des prostituées que le Vietnam a envoyées aux champs pour «rééducation». Cette jeune fille de 22 ans dit s’appeler Hoa, même si ce n’est pas le nom brodé sur son uniforme mastic. A propos des raisons qui l’ont amenée au «centre d’éducation par le travail» de Ba Vi, elle explique seulement qu’elle a été «ramassée dans la rue par la police parce qu’elle n’avait pas de papiers». Néanmoins les 61 femmes, âgées de 17 à 45 ans, internées dans le centre de Ba Vi, à cinquante km de Hanoï, ont toutes été arrêtées en flagrant délit de prostitution dans des bras, des hôtels ou sur les trottoirs de la capitale. Le centre, composé de modestes bâtiments ocres et verts, est perdu dans un décor de douces collines et de lacs. Mais les tessons de bouteille sur les murs d’enceinte rappellent qu’on ne peut en sortir — sauf pour les travaux en plein air effectués sous surveillance — avant le terme de la «rééducation», qui va de trois à douze mois. «Les familles ne sont pas informées de leur arrestation», explique Nguyen Trong Pham, le directeur. «Oui, les filles sont malheureuses quand elles arrivent ici», ajoute-t-il, «elles viennent souvent de la campagne, de familles pauvres ou éclatées, et elles ont exercé un métier honteux». A leur arrivée, les femmes s’engagent par écrit à respecter la stricte discipline et reçoivent des traitements médicaux à fortes doses d’antibiotiques. 90% sont atteintes de maladies vénériennes, blennorragie et syphilis surtout. Des panneaux dans la cour mettent en garde contre les dangers du virus du sida, dont trois des prostituées sont porteuses. Elles assistent les trois premiers mois à des cours d’éducation morale, civique et politique. «On leur enseigne le code pénal, le code du travail, le droit de la femme», explique M. Pham, «mais aussi des métiers qui leur permettront de réintégrer la société à leur sortie». Dans les 47 centres de rééducation que compte le Vietnam, plus de 3.000 prostituées sont aujourd’hui formées au tissage du rotin, à l’artisanat en bambou, la couture, la coiffure ou aux travaux agricoles. Les limites du système A Ba Vi, huit heures par jour de «travaux productifs» permettent à une prostituée de gagner la somme dérisoire de 0,8 dollar par mois, reversée dans le pot des maigres aides allouées par l’Etat qui s’élèvent, quelle que soit la durée du séjour, à moins de 20 dollars par femme. Hoa, la jeune prostituée, explique que le plus dur n’est pas les conditions de vie spartiates du centre mais «le manque d’affection, la chaleur d’une famille». «Mais c’est ici que nous avons la chance de corriger nos erreurs passées», ajoute-t-elle, en présence des directeurs du centre. Le système de la rééducation a cependant ses limites. «70% des femmes récidivent à la sortie», admet Nuguyen Thi Hue, directrice du Département de prévention des fléaux sociaux au ministère du Travail à Hanoï. «C’est encore un chiffre très élevé, qu’on veut faire baisser à moins de 50%», dit-elle. Mais les anciennes prostituées ne font l’objet d’aucun suivi une fois sorties des centres de rééducation. «De toute façon ça serait difficile, certaines changent d’identité pour oublier leur passé», explique le directeur de Ba Vi. Le ministère du Travail a fiché 47.000 prostituées, mais le Vietnam «en compte selon certains 80.000, et en réalité sûrement encore beaucoup plus», estime Mme Hue. L’écart grandissant des revenus entre les villes et les campagnes après dix années de réformes économiques pousse aujourd’hui de plus en plus de jeunes Vietnamiennes des régions rurales à se vendre. (AFP)
Certaines femmes qui cultivent le manioc, le thé ou font de l’élevage dans les paisibles collines de Ba Vi ont une histoire particulière: ce sont des prostituées que le Vietnam a envoyées aux champs pour «rééducation». Cette jeune fille de 22 ans dit s’appeler Hoa, même si ce n’est pas le nom brodé sur son uniforme mastic. A propos des raisons qui l’ont amenée au «centre d’éducation par le travail» de Ba Vi, elle explique seulement qu’elle a été «ramassée dans la rue par la police parce qu’elle n’avait pas de papiers». Néanmoins les 61 femmes, âgées de 17 à 45 ans, internées dans le centre de Ba Vi, à cinquante km de Hanoï, ont toutes été arrêtées en flagrant délit de prostitution dans des bras, des hôtels ou sur les trottoirs de la capitale. Le centre, composé de modestes bâtiments...