L’histoire de Gerhard Schroeder, qui ambitionne de devenir le prochain chancelier allemand, est le conte moderne d’un enfant du peuple qui a atteint, à force de détermination, de sens tactique et de flair médiatique, les plus hautes sphères du pouvoir. Gerhard Schroeder naît le 7 avril 1944 à Mossenberg (Ouest), d’un père manœuvre qui meurt pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour élever les six enfants, il ne reste que la mère, «une sociale-démocrate née», dont Schroeder soulignera des années plus tard l’influence déterminante sur son éducation politique. Employé de magasin après son certificat d’études, il suit d’arrache-pied des cours du soir qui lui permettent de décrocher son bac à 22 ans et l’amènent finalement au diplôme d’avocat. Le jeune Gerhard s’est parallèlement inscrit dès 1963 au Parti social-démocrate (SPD), dont il gravit vite les échelons: président — gauchiste — des Jusos (jeunesses socialistes) en 1978, député en 1980 et, enfin, tête de liste SPD aux élections régionales de Basse-Saxe (Nord) en 1986. Il reprendra les rênes du Land aux chrétiens-démocrates (CDU) à sa deuxième tentative, en 1990. Gerhard Schroeder s’affirme alors en figure incontournable du SPD, restant sourd aux critiques qu’il provoque jusqu’au sein du parti. Surnommé «camarade des patrons» pour son pragmatisme accommodant envers l’industrie, notamment sur les questions d’énergie nucléaire, il a dû essuyer les foudres des écologistes, éventuels alliés au gouvernement à Bonn. Ses sorties sur l’immigration, qui culmineront avec un «dehors, et vite», lancé en 1997 aux étrangers délinquants, font grincer des dents l’aile gauche du SPD. Démêlés conjugaux Son ambition, surtout, suscite hostilité. En 1993, lors de la chute pour faux témoignage du président du SPD, Bjoern Engholm, Schroeder est le premier héritier potentiel à revendiquer publiquement la succession. Le parti sanctionnera cette précipitation en rejetant sa candidature. Deux ans plus tard, l’aile gauche du parti le juge même «fini politiquement»: Schroeder vient d’être limogé de son poste de responsable économique du SPD pour avoir fait cavalier seul en se lançant dans un vibrant plaidoyer en faveur de la modernité économique. Mais, il renaît de ses cendres et rentre en grâce quelques mois plus tard. Tout comme il survit à de rocambolesques démêlés conjugaux, lorsque sa troisième épouse, Hillu, se répand en révélations fielleuses dans la presse en août 1997 pour punir l’infidèle d’avoir élu domicile chez une quatrième élue, de vingt ans sa cadette qui plus est. On est à un peu plus d’un an des élections générales, Schroeder brigue l’investiture de son parti pour affronter le chancelier Helmut Kohl en septembre 1998. Le feuilleton de son quatrième mariage avec l’ex-journaliste Doris Koepf, ses déclarations fracassantes sur l’immigration ou le «report contrôlé» de l’euro, qui associent à son nom un vague parfum de relents populistes, ne l’empêchent pas de caracoler en tête des sondages. C’est qu’avec ses allures de Tony Blair pragmatique, regard bleu et visage avenant, il séduit les patrons tout comme les électeurs de base, qui préfèrent cette figure de la modernité à un Oskar Lafontaine vécu comme un homme d’appareil à la tête du SPD ou un Helmut Kohl usé par 16 ans de pouvoir. Schroeder le reconnaissait lui-même en janvier 1998: «Lafontaine a la majorité dans le parti, ma chance est de gagner avec les gens en Basse-Saxe». Si, dans son fief, Schroeder obtient le même score en mars qu’aux précédentes élections de 1994, le SPD aura du mal à lui préférer le président du parti, Oskar Lafontaine, pour défendre les couleurs sociales-démocrates dans la course à la chancellerie. (AFP)
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