NEW YORK: de Sylviane ZEHIL «La plus grande vente aux enchères des Etats-Unis» de la collection du duc et de la duchesse de Windsor, prévue à l’origine en septembre dernier, a fini par s’ouvrir le jeudi dernier. Elle devra se poursuivre jusqu’au 27 février, en 18 sessions, chez Sotheby’s à New York. Tout est à vendre. Les bénéfices, estimés entre 5 et 7 millions de dollars, iront à la fondation internationale de Dodi Fayed et de la princesse Diana, et à la «Peter Pan Foundation» pour la recherche pédiatrique. Pourquoi M. Mohamed Fayed vend-il tout? La famille royale va-t-elle essayer de récupérer les souvenirs historiques qui lui appartiennent? Pourquoi cette vente se tient-elle à New York et non à Londres? Ces questions sont sur toutes les lèvres. Sotheby’s a transformé son espace en mini-galeries, reproduisant l’ambiance et l’agencement des différentes pièces de la villa parisienne des Windsor. L’étage supérieur découvre leur vie publique, tandis que l’étage inférieur est consacré à la vie privée et familiale du couple. Le duc meurt en 1972, et la duchesse en 1986, léguant tout à l’institut Pasteur. M. Fayed acquiert la propriété de style Louis XVI, située au Bois de Boulogne. Il restaure entièrement la villa et les meubles pour plus de 40 millions de dollars. Il occupe avec sa famille l’étage supérieur et transforme les autres étages en musée privé. Lorsque débute la romance entre Diana et Dodi, il décide que la villa deviendra leur nid d’amour… Pourtant, en prenant possession de la propriété, il promet de préserver intact, pour la postérité, toute la collection qui s’y trouve. «Il a reconstruit une partie fascinante de l’histoire britannique» dit-on, mais il a vite fait de s’en débarrasser. Une bien brève postérité! Soixante ans après le mariage des Windsor, leur collection s’éparpille et finira dans les musées et les collections privées. On chuchote même que Ralph Lauren serait intéressé par certains habits du duc de Windsor. Cette collection se distingue par la marque royale qui figure sur tous les éléments décoratifs, habits et accessoires: WW (Wallis Windsor), E rehaussé d’une couronne, et H.R.H. (His Royal Highness). Les pièces exposées reflètent les différentes étapes de la vie du couple et portent l’empreinte royale représentant la vie du duc, en temps que prince de sang, prince de Galles, roi d’Angleterre et duc de Windsor. Plus de 40.000 pièces présentées en 3.200 lots sont mises en vente. La collection est une intéressante rétrospective d’une vie riche en archives photographiques, certaines prises par les célèbres photographes Cecil Beaton, Man Ray, et Richard Avedon (10.000 photos), bibliothèque aux livres rares, lettres d’amour, notes et journaux intimes, boîte contenant une pièce du gâteau de leur mariage ($500/1.000), vêtements, linge de maison (2000 pièces), médailles, badges militaires, bannières, vaisselle, verres estampillés commémorant le couronnement, œuvres d’art et peintures exécutées par le portraitiste Munnings, «Portrait de H.R.R. le prince de Galles sur son cheval «Forest Witch» ($600/800.000), portrait de la duchesse de Windsor réalisé par Gérald Brockhurst en 1939 ($70.000/90.000), paysage pastel signé Edgar Degas ($60.000/70.000), et tableau signé et dédicacé «à la duchesse» par Andy Warhol en 1967 ($8/12.000). Les meubles spécialement conçus par le décorateur Stéphane Boudin et exécutés par la célèbre maison Jansen dans les années 30 et 40 illustrent parfaitement le goût et le style du couple. L’histoire d’amour du duc de Windsor a secoué la monarchie et le monde. Parmi les objets ayant une valeur historique, on note le bureau en acajou du style Georges III du duc, appelé «Abdication Desk» (estimé $30.000 à 50.000), qui a servi pour la signature de son abdication en 1936. Une plaque en cuivre, mise par les Windsor, porte l’inscription: «Sur cette table, le roi Edward VIII a signé l’instrument de son abdication à 10:30 A.M., le 10 décembre 1936». L’abdication a eu lieu à Fort Belvedere à Sunningdale, près de Windsor Castle, en présence de ses trois frères, le prince Albert duc d’York, devenu roi George VI, le prince Henry duc de Gloucester, et le prince George duc de Kent. Ce soir-là, le roi s’est adressé à la nation à partir du château de Windsor. «Vous devez me croire lorsque je vous dis qu’il me paraît impossible de poursuivre mes responsabilités. Je me décharge de mes fonctions en tant que roi sans l’aide et le support de la femme que j’aime». L’enregistrement de l’adresse à la nation diffusée par la BBC est estimé à $400/500. Le premier à porter le «zip» La présidente de Sotheby’s, Mme Diana Brooks, décrit l’événement: «Cette collection est d’une extraordinaire richesse. Elle porte l’empreinte royale et reflète les différentes étapes de la vie du couple. Elle relate l’enfance du duc, lorsqu’il était le bien-aimé prince de Galles, son bref règne en tant que roi Edouard VIII et son abdication. Elle couvre le début de sa liaison avec Wallis Simpson, son mariage, et leur vie en tant que couple. A Paris, le duc et la duchesse ont été la coqueluche de la société parisienne, et considérés le couple le mieux habillé du XXe siècle». Mme Kerry Taylor, directrice du département costumes et textiles de Sotheby’s de Londres, qui a travaillé pendant sept ans pour mettre sur pied cette collection, nous a guidés dans les galeries réservées à la garde-robes du couple. D’un côté, on pouvait admirer les robes de la duchesse, de l’autre les costumes du duc. Quel est donc le secret de cette femme? Elle avait du style et a lancé le «look Wallis». «Elle était élégante et raffinée. Tous deux partageaient le même goût pour la mode. Le style des années 30 convenait à la silhouette et à l’allure de Wallis, tandis que celui des années 50, style Jean Harlow ne lui allait pas. Elle avait le souci de son apparence extérieure. Elle s’habillait chez Dior, Schiaparelli, Chanel, Yves Saint-Laurent, Mme Grès et Pucci. Alexandre était son coiffeur», affirme Kerry Taylor. Le duc de Windsor, de taille moyenne «aimait le style et avait du panache. Il avait ses secrets. Il nouait sa cravate d’une certaine manière, et dictait la mode. Il arborait le kilt écossais, et aimait les couleurs vives». Comme l’explique Kerry Taylor, sa garde-robes donne une image du dandy qui osait les mélanges de rayures, pointillés et écossais. «En 1950, il a lancé la mode des pantalons à fermeture éclair. Ses vestes étaient commandées à Savile Row, à Londres, tandis que les pantalons, plus confortables, étaient exécutés à New York dans des textures spécialement fabriquées pour la famille royale. Ses pantalons avaient une poche plus large que l’autre pour lui permettre d’avoir rapidement accès à ses cigarettes. Il refusait de porter les bretelles, préférant plutôt la ceinture pour retenir ses pantalons. Ses costumes ont duré toute une vie. Car il était prudent pour la dépense», dit Kerry Taylor. L’événement provoque la même frénésie que la fameuse vente des bijoux de la duchesse de Windsor à Genève, en 1987. Le montant de la vente s’était élevé alors à 50 millions de dollars. Elle a attiré un grand nombre de collectionneurs. Le défilé continue chez Sotheby’s. A défaut de posséder un souvenir des Windsor, on se contentera du catalogue comprenant 1 200 pages illustrées, présenté dans un coffret montrant les photographies du duc d’une part et de la duchesse de l’autre.
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